Cercle Condorcet

Aix en Provence

 

 

COMMISSION

 

“INFORMATION ET CITOYENNETE”

 

1993

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A tous les lecteurs : Ce travail ne doit pas rester sans écho. Les remarques, critiques et suggestions, faites par écrit et si possible tapées à la machine, précédées d’un résumé, peuvent être transmises à: Gildas Lemaitre, Parc Van Loo, Jonquilles, 13090 Aix. Tél au bureau (16)42 24 77 65

 

 


SOMMAIRE

 

 

Introductions................................................................................... 1

Résumés.......................................................................................... 2

Propositions.................................................................................... 4

1 - Pour éduquer à l'information reçue....................... 4

2 - Pour être actif dans la réception de l’information 5

3 - Pour participer à la cité par l’information.............. 6

Conclusions..................................................................... 8

Contributions individuelles des membres de la Commission.......... 9

Quelques caractéristiques de l'information............... 9

Démocratie et médias................................................. 11

Information et marché.................................................. 15

Information, Fait, Commentaire................................. 16

Information politique du citoyen - Information ou propagande   17

Confusion - diffusion - manipulation de l'information 18

Le fantasme de vérité dans l'information................. 19

Information et Représentation................................... 19

Information, communication, aujourd'hui!............... 20

Donner aux centres socio-culturels un rôle dans la chaine de l’information          22

Information et émotion................................................. 23

Bonne année 1991!...................................................... 24

Citoyenneté internationale et langage international 31

L'information libre est celle qui parle des espaces de liberté!   33

Résumé de la loi du 6 fév. 92 sur l'administration territoriale     34

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Afin de préserver l'essentiel de l'apport de chacun des membres de la commission, et afin de faciliter la lecture du document, nous avons structurer le document de la façon suivante:

 

- Quelques textes introductifs

 

- Un chapitre regroupant les résumés de tous les textes du document

 

- Un chapitre faisant la synthèse des propositions issues des travaux du groupe

 

- L'ensemble des textes rédigés individuellement par les membres de la commission.


 

Introductions

 

 

 

 

 

                GL - L'information, pourquoi? Recevoir l'information, c'est considérer que le monde existe aussi loin que de là où elle arrive. Recevoir une information, c'est accepter qu'elle déclenche en nous une réaction, qu'elle modifie notre vision des choses et par là, notre comportement.

Inversement, donner une information, c'est souhaiter agir sur le comportement de l'autre. Par l'information, nous nous inscrivons dans l'humanité et dans son devenir. Qui en a vraiment conscience? Trop rares sont ceux qui émergent de cette moderne avalanche d'informations subies et assénées. Pour ceux-là, le diagnostic est terrible. Il suffit de reprendre les titres :" La communication victime des marchands"[1], " Médias, mensonges et démocratie"[2], "Médiamensonges"[3], "Unreliable sources"[4], "Information Manipulation"[5], "La propagande par l'affiche "[6]. Autant de cris pour alerter le citoyen que l'information qu'il reçoit n'est sans doute pas celle qu'il est en droit d'attendre, mais plutôt celle qu’il mérite, faute de lucidité et de contre-pouvoirs, autant de cris pour qu’il prenne un rôle actif dans l’information et qu’il devienne autant citoyen du monde que citoyen du quotidien.

Le présent dossier édite un ensemble de propositions concrètes sur le thème “information et citoyenneté” ainsi que les contributions individuelles des membres d’un groupe qui s’est réuni réguliérement pendant plus d’un an. L’un des principaux enseignements de ces débats est que la relation de l’individu à l’information n’est pas réductible et qu’il existe autant d’approches de la galaxie “information, communication, propagande” que d’utilisateurs. L’analyse de cette galaxie est sans fin. Les quelques facettes qui suivent en illustrent la diversité, les oppositions, et les chemins qui s’ouvrent.

 

 

 

 

 

                HL - Notre propos est l’information du/ et par/ le citoyen pour une meilleure démocratie (locale, pour commencer). L’idée est de dépasser le constat, de cesser de se plaindre des dysfonctionnements et de tenter des propositions.

En préalable, n’est-il pas utile de poser, de se poser quelques questions, à titre individuel et collectif: où, quand, de quoi et pourquoi nous informons-nous?

Nous recevons à domicile radios et télévisions, nous allons chercher des journaux, des magazines, nous choississons des livres et des films

Nous participons à des conversations amicales ou professionnelles, à des associations, des syndicats, des institutions, où nous sommes tour à tour porteurs et récepteurs d’informations

Nous sommes également la cible de propagandes, de publicités que nous n’avons pas choisies, et sans toujours mesurer toutes les conséquences, nous renseignons fichiers, sondages, questionnaires, formulaires, qui rassemblés pourraient dresser un portrait assez précis de notre identité, voire de notre personalité.

Nos motivations sont nombreuses: se distraire, se cultiver, se faire une opinion, être solidaire, savoir pour comprendre, comprendre pour agir.

 

 

                PC - La réflexion sur l’information amène à des problèmes distincts, - quoique interconnectés, - selon que l’on prend en compte :

- l’acte de s’informer, qui implique une démarche active de la part de l’individu : c’est parcequ’il pose une question qu’un “donné”, quelqu’il soit, devient information. D’où la question : que faire pour que le désir d’information existe et soit constitutif de la démocratie,

- l’acte d’informer, qui suppose, de la part de l’informateur, le choix de la matière, de la construction et du moment de l’information. D’où la question : comment faire pour que les informateurs (tout citoyen en l’occurrence) n’exercent (pas!) un pouvoir contraignant sur ceux qu’ils informent?

- la production d’informations dans un système médiatique où règne la loi de l’offre et de la demande et où intervient l’économie de marché. D’où la question : comment faire pour que le système médiatique ne transforme pas chaque individu en simple consommateur passif et consentant?

En distinguant ces trois ordres d’analyse, il semble qu’on puisse définir des stratégies et proposer des démarches concrètes.•


Résumés

Propositions de la Commission “Information” - Synthèse réalisée par P. Caron

Résumé : Ce document édite les propositions suggérées par les membres de la commission. Celles-ci tournent autour de plusieurs thèmes : Promouvoir une pédagogie de l’information, être actif plutôt que passif face à l’information reçue, tenir un rôle dans la production de l’information, rendre libre et facile l’accès à l’information de la cité.(ndlr)

Quelques caractéristiques de l'information.- Gildas Lemaitre

Résumé: Loin de prétendre être une analyse profonde et exhaustive des caractéristiques de l’information, ce chapitre est simplement un condensé subjectif de certaines réflexions de la commission “Information et citoyenneté”. On a pu dire que l’information n’existait qu’au travers du besoin exprimé par l’individu, qui institue ses propres filtrages pour la recevoir, ou qui la maltraite consciemment ou non dans sa diffusion, qui en fait un instrument de pouvoir.

Démocratie et médias - Marie-Claude Taranger

Résumé: Le pluralisme de l’information télévisée dans les démocraties occidentales : apparences et réalités.

Résumé :Cette étude, présentée en décembre 1991 à Minsk (alors URSS) dans le cadre d’un colloque sur “Démocratie et médias”, s’appuie sur des exemples précis empruntés au fonctionnement de la télévision en France et aux Etats-Unis pendant la guerre du golfe pour montrer que :

1) les télévisions occidentales fonctionnent sur un principe de pluralité. Il y a indéniablement eu dans les évolutions récentes (privatisations, dérèglementations, etc...) une progression en ce sens, assortie d’une indépendance croissante à l’égard des pouvoirs politiques (voir l’exemple du maintien des liens de CNN avec l’Irak malgré les protestations du gouvernement US)

2)Ces apparences de pluralisme n’empêchent pas des partis-pris effectifs (en faveur de la coalition alliée par exemple dans la guerre du Golfe), que rend possibles l’emploi de procédés plus ou moins visibles de déséquilibre, de renforcement ou de discrédit. Partis-pris masqués d’autant plus difficiles à combattre et d’autant plus contradictoires avec le débat démocratique.

Information et marché - Fadila Morsly

Résumé : Une société démocratique peut-elle éviter le consumérisme dans le domaine de l’information qui, à l’instar de la sphère économique, conduit les individus à multiplier leur choix tout en les enfermant dans la logique du marché?

Information, fait, commentaire - Hélène Lioult

Résumé : 1 - l'information reflète son contexte de fabrication, elle n'est pas garante de la réalité. 2- le commentaire d'un journaliste (parmi d'autres auxquels il peut être confronté grâce à la liberté de la presse) parce qu'il procède à l'échelle humaine me sied davantage que les données informatisées transmises sur ordre du Pentagone

Information politique du citoyen - Information de propagande - JC Maroselli

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Le fantasme de vérité dans l'information - Christine Garcia

Résumé : L'information comporte toujours une part irréelle qui relève d'un fantasme commun: le fantasme de vérité. Toute informaton donnée et reçue apparaîtrait comme la mise en scène d'une idée, idée qui serait une quête de vérité qui passerait par la glace déformante de l'illusion, illusion liée à un désir et au fantasme.

Lacan : "La vérité est dans le mensonge, l'erreur, l'acte manqué".

Information et émotion- Hélène Lioult

Résumé: Les êtres humains sont faits de raison et de passion; c'est en jouant sur les deux registres qu'ils transmettent et rçoivent les informations qui leur permettent de se tenir au courant de leur devenir local, national, mondial et encore moral, économique, social et culturel.

Information et représentation- Hélène Lioult

Résumé:

- dans la vie démocratique, il faut veiller à faire remonter les informations des citoyens et tout autant exiger la transparence de celles du pouvoir et des institutions.

- l'idée démocratique ne s'arrête pas aux frontières et ne se découpe pas aux pointillés des classes sociales, d'où la question de la représentation des collectivités marginalisées dans les pays développés et des populations entières du Sud et de l'Est

- ici, changer les mentalités est plus urgent que changer les lois et les institutions

Information, communication, aujourd'hui! - Fadila Morsly

Résumé: L'évolution croissante de l'information et de la communication face aux enjeux de la modernité d'une part et de la responsabilité qu'elles ont le devoir d'assumer à l'égard de la formation du citoyen m'amènent à me poser la question suivante : comment concilier les intérêt du récepteur (nous) qui est le sujet de l'expérimentation et qui subit, du promoteur (les groupes de presse, l'autorité administrative, le pouvoir, les groupes de pression politiques, financière ou autres) qui finance et de l'investigateur (le journaliste, le reporter etc...) chargé de diriger et de surveiller la recherche de l'information et qui met en oeuvre le projet de communication?

Peut-on ne pas vendre la pensée, comme on ne peut pas vendre le corps humain?

Information et participation- Hélène Lioult

Résumé: Comment mettre en oeuvre cette démocratisation des moyens d'informations et d'expression entre les citoyens :

- une proposition avec les centres socio-culturels et les associations

- un rappel historique des initiatives prises

- la question de l'indépendance économique et politique

- la contrainte technico-commerciale des outils et les comportements qu'ils induisent.


Bonne année 1991! - Christine Garcia

Résumé : Ce document est un exemple d'analyse réalisée sur le discours du Président de la République Française pour les voeux du nouvel an, reproduits dans la Presse écrite. Il s'agit d'une lecture "linguistique" d'un texte, qui aide à découvrir des éléments qu'une lecture normale laissent de coté. Bel exemple de décodage d'information. Par exemple, qui est le "nous", qui est le "on" qui se cachent dans le discours. Pourquoi certaines phrases sont longues et d'autres courtes.

Citoyenneté internationale et langage international - Gildas Lemaitre

Résumé : Le langage est un des filtres de l’information. Le village planétaire se doute-il de l’importance du langage utilisé pour la production et la diffusion de l’information? La citoyenneté européenne ne s’obtiendra qu’avec un débat lucide sur l’usage de anglais comme langue internationale, en position de monopole culturellement, politiquement et socialement, économiquement non neutre et techniquement loin d’être le meilleur garant d’une bonne compréhension entre les citoyens des différents pays. L’alternative existe, victime d’un manque d’information : l’Espéranto  fonctionne,  sans publicité et au delà de tout préjugé .

L'information libre est celle qui parle des espaces de liberté! - Gildas Lemaitre

Résumé: L'art gratuit (celui qui n'est pas et ne sera pas récupéré par les marchands) peut-il conduire à maintenir en vie l'information libre (celle qui ne doit pas être récupérée par les marchands)?

La loi du  6 février 92 - Gildas Lemaitre

Résumé : la loi du 6 février 92 concerne l'administration territoriale. Le document donné ci-dessous est une analyse et une présentation très sommaire de son contenu, qui  parle de la transparence des projets et des budgets des collectivité locales, de la consultation des habitants et des droit des élus.

Confusion - diffusion - manipulation de l'information - JC Maroselli

Résumé

Trois courts textes pour lutter contre toutes les confusions sur l'information, pour inciter au scepticisme face à l'information subie et sur l'image dans l'information.•(ndlr)

 


Propositions

Résumé : Ce document édite les propositions suggérées par les membres de la commission. Celles-ci tournent autour de plusieurs thèmes : Promouvoir une pédagogie de l’information, être actif plutôt que passif face à l’information reçue, tenir un rôle dans la production de l’information, rendre libre et facile l’accès à l’information de la cité.

 

 

 

Au nom du droit à l'utopie, voici quelques propositions pour affirmer que le citoyen ne peut exister que s'il est informé et s'il informe à son tour:

 

1 - Pour éduquer à l'information reçue

Le citoyen est constamment bombardé d'informations non sollicitées, le plus souvent sous  forme audiovisuelle. Compte tenu du caractère commercial de la majorité de ces sources, il est permis de mettre en doute le caractère "objectif" et surtout "désintéressé" de ces distributions d'informations, qu'elles émanent du politique ou de la société civile. Il faut donc que les citoyens se  forgent les moyens de faire un tri judicieux dans les messages qu'ils recoivent. Il s'agit de les amener à  faire le tri entre le contenu informatif de ces messages et leur contenu intentionnellement émotionnel (qui peut parfois se justifier). Il s'agit aussi de connaître suffisamment le travail de fabrication de l'information, pour mieux mesurer l'écart entre le réel et sa traduction en mots et en images, afin de rester libre et critique.

 

Proposition 1.1

Inciter l'Education Nationale à mieux développer dans les programmes  l'apprentissage des codes de l'information et l'analyse critique des textes et des séquences visuelles. Promouvoir une Pédagogie de l'Information, (à l'égal de la Pédagogie de l'Environnement, récemment découverte par le Ministre). En développant notamment :

- l'analyse de discours informatifs et politiques (cf en annexe l'exemple développé par C. GARCIA sur le discours de voeux de Mitterrand).

- la  sémiologie de l'image et des procédés de fabrication de l'information TV (montages, cadrages, durée des images "utiles", rôle du présentateur, choix de l'image "émotionnelle",etc..)

- l'analyse comparative et critique des médias TV, à l'instar de l'étude la presse, déjà largement répandue dans les classes, par exemple par l'évaluation de l'efficacité informative de l'informations télévisées et le traitement des mêmes faits par France-Info ou par France Culture

- l'initiation à la sociologie des médias

- la formation des enseignants sur ces points. Il serait utile de fournir aux futurs enseignants un certain nombre d'outils d'analyse déjà constitués, et la liste des institutions et associations déjà engagées dans cette recherche.

 


Proposition 1.2 :

 Encourager les journaux TV à expliquer les mécanismes de  l'information et demander aux professionnels de la communication d'assurer une formation permanente à l'information, par exemple en créant une unité de programme ayant pour but l'éducation à la citoyenneté.

 

Proposition 1.3 :

Demander aux producteurs d'informations TV d'accompagner les images d'un indicateur visuel précisant la catégorie à laquelle appartient le "pro- duit", permettant ainsi de le situer avec précision par rapport à la réalité à laquelle il se réfère ( date et lieu de prise de l'image + niveau de "traitement~ : direct, image d'archive, image de synthèse,  reconstitution etc.)

 

 

 

2 - Pour être actif dans la réception de l’information

 

Certes, il y a deux manières de recevoir l'information : une manière passive et une manière active. La première consiste à avaler une avalanche d'informations en un temps très court, sans réflexion possible. La deuxième est celle qui change le cours des choses. Etre actif, c'est d'abord agir a partir de l'information : Ce qui compte, ce n'est pas seulement ce que l'on reçoit, c'est aussi ce que l'on en fait. Or, que peut-on faire de la plupart des informations qui nous sont données ? Mais être actif, c'est aussi retro-agir sur les informations reçues pour en contrôler la véracité et  faire respecter les droits du spectateur-auditeur. Etre actif, c'est enfin rechercher activement l'information. Celle-ci n'existe pas, et la citoyenneté avec elle, sans le désir d'être informé, sans la demande à laquelle l'information est une réponse.

 

Proposition 2.1.

 Instituer un "droit des  faits" à être connus, vérifiés, diffusés sans commentaires, replacés dans leur contexte. Distinguer autant que faire se peut, le fait et son commentaire, l'évènement et son analyse, amener à la  conscience de la diversité des analyses possibles. Pour cela:

- inciter à la diffusion de dossiers, type "Que choisir?", capables de noter, face à tels faits précis, la qualité déontologique des médias et leur respect du consommateur

- promouvoir, dans la presse, le courrier des lecteurs ;

-  Susciter la création d'émissions de TV qui se donneraient pour programme de revenir sur les diverses informations de la semaine pour préciser les points obscurs, redemander aux interviewés la réponse précise aux questions qu'ils ont éludées, faire confirmer les informations qui semblent douteuses ou contradictoires, etc..

-  réclamer une télévision de plus en plus interactive, qui ne se limite pas à des jeux videos ou à des sondages express, mais qui favorise le plus possible la co-information et le débat ,

- demander, pour les associations, le droit de se porter partie civile lorsqu'un journaliste, ou un homme politique, énonce consciemment et volontairement une information contraire à la vérité.

 

 

Proposition 2.2. :

 Contrôler le pouvoir médiatique et faire comprendre que, dans notre systeme  économique il est possible de sortir du cercle vicieux de l'offre entretenant la demande, par la dictature de l'audimat. Pour cela :

- soutenir les médias régionaux, afin de lutter contre le centralisme parisien et l'absence de représentation des villes, des banlieues, des campagnes ;

- appuyer les radios véritablement libres, c'est à dire exprimant un point de vue spécifique et non simplement commerciales ( telles Radio-Zinzine, qui s'est vue amputée des deux tiers de son bassin de diffusion).

- encourager les chaînes ( telles Arte) qui se placent dans une logique autre que celle de l'Audimat ;

- poser le problème du monopole de  diffusion de la presse écrite.

 

Mais aussi prendre garde qu'en légiférant pour contrer les défauts du système d'information, on ne contre pas dans le même temps la liberté d'expression

 

Proposition 2.3

Inciter au développement et à l'utilisation des nouvelles tecniques d'acquisition de l'information, telle que le Minitel, même si, dans leur état actuel, leur service n'est pas pleinement satisfaisant.

 

 

 

 

 

 

 

3 - Pour participer à la cité par l’information

 

Au delà du système organisé de l'information, ce qui est à viser, c'est la recherche et la constitution de l'information par le citoyen. Au delà de la distribution, si conforme qu'elle soit à l'exigence démocratique, ce qui est à construire, c'est une citoyenneté qui construit et alimente sans cesse la circulation de l'information entre tous les membres de la cité. Mais cette citoyenneté est à apprendre. Pour s'interesser à la "res publica~, ne faut-il pas d'abord être sorti du sentiment de  solitude, de la misère morale et matérielle, se sentir  appartenir à quelque chose ?

Pour y parvenir, il conviendrait, entre autres, de rendre aussi "lisibles" que possible les informations qui montent des groupes locaux et des instances de la cité. Cette recherche de la lisibilité est un  apprentissage fondamental de la démocratie : élucider ses objectifs ou ses convictions pour les proposer aux autres et les faire partager. Elle est aussi fédératrice: elle peut rassembler dans la diversité et le respect des opinions particulières.

 

Enfin, au delà de cette expression plurielle, il s'agit de réintégrer la réalité locale dans la dimension collective plus générale et dans celle du monde. Mais cette ouverture ne doit pas aboutir à noyer le point de vue ou l'engagement personnel dans une neutralité nivelante.

Dans ces perspectives, deux préoccupations émergent : l'organisation de l'information dans la cité - le lien informatif à créer entre les citoyens et les politiques :

A. L'organisation de l’information dans la cité

 

 

Proposition 3.1

Proposer à la Mairie de créer un service d'in formation par informatique (Minitel ou R.O.M.) qui tiendrait en permanence à la disposition du public le maximum d'informations précises et  chiffrées sur les activités de la municipalité ( par ex montant des subventions distribuées, liste des permis de construire accordés dans les trois mois écoulés, coût et résultats des études d'impact engagées, modification du POS, etc..)

 

 

 

Proposition 3.2

Donner aux centres socio-culturels un rôle dans la chaîne de  l'information. Confier aux animateurs de centre, aux agents du Développement Social Urbain aux foyers ruraux, aux éducateurs en milieu ouvert, une mission précise sur la remontée des informations des groupes locaux qu'ils rencontrent et sur leur mise en forme (cf lisibilité). En se démultipliant, ce travail d d'informations localisées pourrait se structurer autour d'un comité de rédaction avec responsabilité éditoriale qui serait constitué de plusieurs collèges: habitants, élus, professionnels, associatifs...)

 

 

 

Proposition 3.3

Proposer aux élus locaux la création d'une association pour la mise en pratique de la loi du 6 février : Cette association pourrait être une délégation de service public, sous tutelle d'une association de citoyens. On aurait ainsi accès aux recueils des actes administratifs, aux projets de budget, aux informations sur les participations des communes, aux fonctionnements des délégations de service public, complétées par les avis des élus eux-mêmes. Avec, en vue, éventuellement la production d'un hebdomadaire local ou d'un serveur Minitel (type systèmes Compuserve ou Prodigy aux USA)

 

 

 

Proposition 3.4

Inviter le Maire d'Aix-en-Provence à une réunion du Cercle Condorcet pour qu'il nous expose sa politique d'information des citoyens.


 

 

B. Suivre l’activité des élus

 

Proposition 3.5

Toute action politique doit s'appuyer sur des objectifs clairs, connus et eventuellement approuvés. En tant que votant, chaque citoyen fait partie du conseil d'administration de son territoire de citoyenneté. Pour que les instances élues acquièrent de bons réflexes, il convient d'inciter le citoyen à ne voter que pour les candidats dont le  programme prévoit expressément la mise en place, dès le début du mandat, d'un système de communication qui suive le schéma ci-dessous:

 

- en .amont de l'action :

réflexion sur les finalités, expression d'un diagnostic préalable, définition des stratégies, accord sur les objectifs opérationnels,

- au cours de l'action:

suivi de la mise en oeuvre, connaissance des partenaires operationnels, connaissance des dysfonctionnements et des améliorations éventuelles;

- en aval de l'action:

évaluation de l'écart entre l'objectif annoncé et l'objectif atteint, des effets secondaires, des coûts. Validation générale.

Cette approche technocratique ne doit pas masquer l'aspect humain de l'action politique. Mais nous pensons que si chaque instance élue publiait de tels éléments à chaque décision importante, la participation des citoyene serait de nature différente.

 

 

Proposition 3,6

 

Dès que la technique le permettra, demander à l'Etat de créer et de rendre disponible à domicile les enregistrements audiovisuels des débats parlementaires ou des discours présidentiels sur plusieurs années

 

 

 

 

Conclusions

Pour accomplir valablement son rôle, le citoyen doit pouvoir et vouloir accédé à un nombre croissant d'informations dont la véracité soit aussi établie que possible. Pour cela, il lui  faut savoir maitriser de nouvelles techniques qui lui permettent de les  "appeler" aussi rapidement que possible.

 

Mais si ce pouvoir technique nouveau est nécessaire, il n'est pas suffisant. Encore faut il que les données recueillies soient assimilées, intégrées dans une problématique où elles prennent leur sens. Sans interrogation de la part du citoyen, elles ne sont que matraquage. Il faut donc remonter toujours en amont, vers le point où naît la question démocratique : une information pour quel homme, en réponse à quelle interrogation, en vue de quelle action ? •

 


Contributions individuelles des membres de la Commission


 

 

 

Quelques caractéristiques de l'information

Gildas Lemaitre

Résumé: Loin de prétendre être une analyse profonde et exhaustive des caractéristiques de l’information, ce chapitre est simplement un condensé subjectif de certaines réflexions de la commission “Information et citoyenneté”. On a pu dire que l’information n’existait qu’au travers du besoin exprimé par l’individu, qui institue ses propres filtrages pour la recevoir, ou qui la maltraite consciemment ou non dans sa diffusion, qui en fait un instrument de pouvoir.

 

Le filtrage au niveau de l’individu

Nous ne portons attention qu’aux messages qui “a priori” nous intéressent:

“Il existe une sorte d’écran, de tamis, créé consciemment ou souvent inconsciemment par les individus pour couper court aux informations qui pourraient aller à l’encontre de leurs attitudes et de leurs opinions préexistantes, dont ils cherchent en fait un renforcement et non une remise en cause.” Roland Cayrol

Chacun institue ses propres filtres. En général seule l’information qui renforce d’individu dans ses propres options a des chances d’être perçues de façon consciente. Le reste s’inscrit dans le subconscient, en attente d’une possible remise en cause ou d’une “fulgurance” où toutes les pièces d’un puzzle s’assemblent de façon lumineuse et cohérente (par rapport à ce qui pré-existe dans la pensée de l’individu)

L'information rituelle

L'information est un rituel. On s'y abonne, elle tombe chaque jour aux mêmes heures, on reconnait le présentateur ou la présentation. Le metteur en scène de l'information se met lui-même en scène et devient souvent plus important que les faits qu'il annonce. Plus qu’un filtre, ce rituel est un diluant de l’information.

L’information recherchée

En général , l’information que l’on souhaiterait avoir existe. Elle est souvent trop complexe d’accès et

nous conduit à déléguer cette recherche consciemment ou inconsciemment à des

 

 

 

 

 

 

 

 

intermédiaires, qui font office de filtres : on ne lit qu’un seul  journal, on se fidélise à une émission.

 

L’information maltraitée

L'information coupée de son contexte

Est-ce au travers d'une dépêche de quelques lignes que l'on pourra découvrir que Cyrus Vance qui officie pour la paix en Yougoslavie est par ailleurs l'un des propriétaires de la Général Electric, l'un des principaux fabricants d'armes américain, ou que James Baker, qui court le monde des pays vacillants de l'est et du tiers monde fut le directeur de la campagne électorale de Bush, gagnée grâce à une suite écoeurante de coup bas contre Dukakis?

L’information des Sondages et micros-trottoir

Perversité des sondages, qui poussent le lecteur à se faire une opinion en fonction de l’opinion des autres et non pas en fonction d’un jugement éclairé par les faits. Perversité inverse du micro-trottoir au bon vouloir du journaliste.

L'information qui n'a pas le temps d'expliquer

Est-ce en trois minutes de journal télévisé que l'on peut rendre compte des débats qui président à chaque texte de loi ou à chaque décret d'application?

L'information noyée

la saturation d'images aboutit à une banalisation perverse de l'information, tout autant qu'à un abrutissement des consciences pour aboutir peu à peu à une uniformisation culturelle.

L’information ennuyeuse

Les lycéens, les jeunes gens semblent de plus en plus nombreux à se désintéresser de l’information, voire à la mépriser, aggravant le repli sur soi.

L'information introuvable

Est-ce dans un journal municipal que vous pourriez retrouver les arguments de l'arrêté municipal interdisant le stationnement  en bas de chez vous, quel est l'élu ou le groupe de pression à l'origine de la décision, qui a voté pour ou contre?

Le message réduit à son contenu émotionnel.

Il fut un temps ou la presse écrite précédait la télévision. Aujourd'hui, la presse ne peut vivre qu'en écho de l'image. "vu à la télévision" est l'étiquette magique. La télévision nous impose un monde réducteur: là où il n'y a pas d'image, il n'y pas de réalité ou plutôt un fait ne devient événement que lorsqu’il est médiatisé.

Le journaliste outrepassant son rôle.

Le journaliste "commentateur" s'est imposé comme maître à penser, penché sur l'événement, mais jamais au-delà, car son métier c'est l'immédiat et l'éphémère, coupant ainsi la parole aux vrais penseurs de notre temps. La télévision vit au jour le jour, comment le citoyen téléspectateur peut-il s'inscrire dans cet éphémère qui lui échappe constamment.? Quand a-t-il le temps de murir sa réflexion si l'information suivante éclipse sans discontinuer l'information précédente?

L'information falsifiée

Les exemples connus sont nombreux. Les inconnus sont innombrables. Qui a été témoin sait que les compte rendu de presse sont très souvent loin de la réalité.

Dérapages dans la vérité des faits

Même si quelques journalistes nous alertent sur ces dérapages de plus en plus fréquents et énormes (Timisoara, guerre du golfe...), le point de non-retour semble être atteint. Trouvera-t-on encore une presse capable d'inciter les citoyens à plus de circonspection vis à vis de l'information? En dehors de quelques journaux qui résistent et de quelques feuilles confidentielles, cette presse n'existe plus.

 

 

L’information et le pouvoir

L'information outil de profit

La représentation du monde est aux mains de quelques uns qui imposent leur système de référence. La pensée devient une chose que l'on achète et vend

Le secret de l'information, outil de pouvoir

Désinformation, non-information, dans le monde politique, dans l’administration dans les associations ou dans l’entreprise, citons-les pour mémoire.

Plus grave, dans l’espace européen hérissé de barrières linguistiques, une élite se réserve le droit de parler anglais et par le jeu des traductions ou des non-traductions joue innocemment avec un certain pouvoir. On trouvera en annexe une réflexion sur le langage international et la citoyenneté internationale.

L’information jacobine

Le déséquilbre entre Paris et les régions se fait aussi sentir dans l’information. Il est plus facile et moins cher de rechercher l’information centrale que l’information régionale. Gageons que la tendance s’inverse dans les prochaines années, fruit de la décentralisation.

Le pouvoir des diffuseurs

Les messageries parisiennes sont pratiquement en position de monopole pour la distribution de la presse écrite. Même s’il existe un Conseil supérieur de messageries de Presse dont le rôle est d’assurer un contrôle comptable et d’impartialité dans la diffusion, il subsiste des possibilités de discrimination. Les NMPP choississent leurs détaillants selon une technique voisine de celle des pharmaciens. Elles imposent l'organisation des surfaces de vente, ainsi que des ratios de vente à atteindre. Elles sont à la merci de quelques maillons grévistes. Toute tentative de diversification du système de diffusion est impensable.

La presse écrite est sur des rails. L'imagination créatrice est bridée par un système qui homogénéise les produits, qui tourne entre professionnels là où on souhaiterait des amateurs casse-cou capables d'aiguillonner la profession. En outre, la presse écrite est fragile, à la merci des humeurs politiques ou morales du monopole de la diffusion.

Quelle sont les solutions pour sortir de ces rails et pour protéger le futur contre toute dictature de la diffusion?

On pourrait en dire autant du cinéma, qui pour survivre a du se doter d'un pouvoir fort. Mais où sont les petites salles d'antan, les arts et essais? Peut-on, doit-on les faire renaître, doit-on se contenter de subir les offres rares et tardives de la télévision?

Un mot encore de ce que certains appellent le “racket des éditeurs”, dans un monde où il est vain pour un écrivain d’espérer être lu sans l’appui du couple éditeur-critique avec pignon sur rue.

Le pouvoir des médias face à la Justice

La faiblesse du système judiciaire français laisse la porte ouverte à une justice des médias. Malgré tout, il faut considérer que ceux qui ont à juger en leur âme et conscience ne sont en principe que l’expression du plus grand nombre dans sa façon d’interpréter les lois (et donc dans la façon de provoquer de nouvelles lois). La presse a aussi son rôle à jouer dans le progrès de la conscience collective. D’où sa responsabilité.

 D’autre part, les condamnations pour manque de déontologie sont souvent symboliques et sans effet.

Le pouvoir du zapping

La télévision, porte ouverte sur le monde porte les germes d’un déni de réalité=

- Je zappe donc je suis  ou comment se détourner de l’information difficile, parce que difficile à comprendre ou mal présentée. Exemple de conséquence : le lycéen zappe sur ses profs et refuse l’effort intellectuel si le prof n’est pas parfait •


 

Démocratie et médias

Le pluralisme de l'information télévisée

dans les démocraties occidentales: apparences et réalités

Marie-Claude TARANGER Université de Provence

Résumé: Le pluralisme de l’information télévisée dans les démocraties occidentales : apparences et réalités.

Résumé :Cette étude, présentée en décembre 1991 à Minsk (alors URSS) dans le cadre d’un colloque sur “Démocratie et médias”, s’appuie sur des exemples précis empruntés au fonctionnement de la télévision en France et aux Etats-Unis pendant la guerre du golfe pour montrer que :

1) les télévisions occidentales fonctionnent sur un principe de pluralité. Il y a indéniablement eu dans les évolutions récentes (privatisations, dérèglementations, etc...) une progression en ce sens, assortie d’une indépendance croissante à l’égard des pouvoirs politiques (voir l’exemple du maintien des liens de CNN avec l’Irak malgré les protestation du gouvernement US)

2)Ces apparences de pluralisme n’empêchent pas des partis-pris effectifs (en faveur de la coalition alliée par exemple dans la guerre du Golfe), que rend possible l’emploi de procédés plus ou moins visibles de déséquilibre, de renforcement ou de discrédit. Partis-pris masqués d’autant plusq difficiles à combattre et d’autant plus contradictoires avec le débat démocratique.

 

 

Nous partirons d'une idée et d'un constat tous deux bien connus:

1) le pluralisme est à la base de la démocratie dont le fonctionnement suppose la confrontation des opinions, le "débat démocratique".

2) dans le jeu démocratique occidental, la télévision joue un rôle particulièrement important (d'après un sondage publié en 1990, 15 % des Français par exemple se disaient informés par la télévision).

 

A partir de là, nous allons nous interroger sur le pluralisme de l'information télévisée dans les "démocraties occidentales", en nous appuyant particulièrement sur le cas des télévisions française et américaine et sur l'étude de l'information concernant la guerre du Golfe (janvier-mars 1991). La position que nous allons défendre est qu'il y a indéniablement eu progression dans le sens de la pluralité des télévisions et de leur indépendance à l'égard du pouvoir politique, mais que cette progression ne suffit pas à garantir un pluralisme effectif.

 

1. Le développement d'une télévision plurielle

 

Le pluralisme est le principe déclaré suivant lequel fonctionne l'information télévisée dans les démocraties occidentales. Alors que la presse écrite se donne et est reconnue comme une presse d'ooinion. représentant plus particulièrement certains points de vue, la télévision est supposée ne pas prendre parti et relayer l'ensemble des opinions.

Pour assurer ce pluralisme, on s'est surtout attaché jusqu'ici à défendre la télévision contre la main-mise du pouvoir politique: il faut, suivant les époques et les pays, conquérir ou conserver la liberté à l'égard des tutelles et des ministères.

Ce combat ne concerne pas seulement les totalitarismes et les dictatures. Il a concerné ou conceme également les démocraties occidentales. En France par exemple, jusqu'aux années 80, les débats sur la télévision portaient essentiellement sur les rapports entre télévision et gouvernement, ce dernier étant accusé, non sans raison, de faire de la télévision un organe d'expression des positions du pouvoir, "la voix de la France".

Les évolutions récentes sont allées dans le sens de l'indépendance de la télévision et donc de l'information télévisée. Autonomie plus grande pour les chaînes publiques, apparition et multiplication des chaînes privées, dérèglementation, constituent autant de facteurs d'une pluralité structurelle qui favorise l'expression plurielle et la confrontation des opinions, des analyses et des points de vue.

 

Le pluralisme est indiscutablement aujourd'hui la référence habituelle des télévisions occidentales, par exemple américaine ou française. En témoignent les plateaux des émissions de débat, dans lesquels sont représentées par principe les différentes parties, ou encore la liste - qui se doit d'être diverse - des invités des émissions politiques. Pendant la guerre du Golfe, c'est la même référence au pluralisme qui a été officiellement proclamée par les télévisions elles-mêmes, avec une insistance d'autant plus marquée que ce pluralisme de l'information "à l'occidentale" s'opposait au fonctionnement totalitaire de la dictature iranienne et de sa télévision. L'opinion la plus communément admise était qu'il y avait d'un côté une télévision irakienne, instrument de propagande d'un pouvoir totalitaire, de l'autre des télévisions occidentales indépendantes et pluralistes.

C'est également en référence à l'indépendance et au pluralisme démocratique que s'est formulée dans l'ensemble des médias occidentaux la très large protestation contre la censure des armées et spécialement de l'armée américaine. Armées et gouvemements ont été accusés de vouloir faire des télévisions des instruments de propagande à l'encontre des principes de fonctionnement démocratique.

Très connu et abondamment commenté l'exemple de la chaîne CNN est particulièrement significatif de cette référence au pluralisme et de la résistance opposée au pouvoir politique. En refusant de quitter l'lrak au moment du déclenchement des hostilités, CNN est restée présente des deux côtés de la ligne de partage entre les deux camps et a continué à fournir des informations en provenance de l'lrak aussi bien que des informations en provenance de la coalition. Ce faisant, elle a donc ostensiblement refusé de ne présenter que le point de vue des alliés elle a transmis des nouvelles et des images dont certaines pouvaient desservir la cause alliée (sur les victimes irakiennes de la guerre par exemple ou les bombardements de cibles civiles par l'aviation alliée), de même qu'elle a relayé la version irakienne de faits contestés par les Etats-Unis: le bombardement d'une usine de lait pour bébés ou d'un abri à Bagdad. Nous verrons plus loin que des nuances importantes sont à apporter pour caractériser le rapport de CNN à l'information irakienne. Toujours est-il que les choix de la chaîne entraînèrent un affrontement, lui-même médiatisé, entre CNN et le gouvernement américain, Ie président Bush accusant la chaîne de trahison alors que CNN, comme la plupart des autres medias occidentaux, dénonçaient la pression des censures alliées et les entraves à la liberté d'information.

Des affrontement comparables entre pouvoir et télévision ont eu lieu également en France, mettant en cause la chaîne privée TF1. En octobre 89, après une interview de Saddam Hussein par TF1, le premier ministre Michel Rocard a mis en garde publiquement les medias contre des initiatives qui pourraient servir la propagande étrangère. Fin janvier, la chaîne a protesté contre la censure militaire en diffusant un reportage réalisé clandestinement qui présentait des points de vue critiques de soldats français à l'égard de leur commandement et du gouvernement. Critiques auxquelles les autorités militaires ont vigoureusement réagi.

Ces exemples mettent pareillement en évidence deux traits essentiels dans le fonctionnement des télévisions concernées: leur marge d'indépendance à l'égard des pouvoirs politiques et le pluralisme qui en découle. Les gouvernements américain et français n'ont pas pu imposer leur ligne de conduite aux télévisions, et ont dû porter le débat devant l'opinion publique.

Ces traits nous semblent importants à souligner même s'il est nécessaire d'aller au-delà. Malgré les censures et les manipulations [7], les aspects pluralistes de l'information télévisée étaient sensibles et les télévisions ont présenté des points de vue différents, par exemple des critiques de l'un et l'autre camp et des informations sur leurs torts respectifs. On a par exemple pu voir sur les écrans américains des manifestations en faveur de la paix (CNN), ou un reportage sur les riches Koweitiens réfugiés en Egypte écumant les boites de nuit pendant que d'autres se battaient pour leur pays (CBS); et sur les écrans français (TF1), la contestation du bien-fondé de l'intervention militaire par les pays arabes, des estimations d'origine soviétique sur les résultats limités des bombardements alliés, des images des camions jordaniens bombardés par les avions alliés, etc.

Ce pluralisme de l'information télévisée occidentale est important à noter. En même temps que de la configuration actuelle du domaine télévisuel, il découle des possibilités d'accès à des sources d'information multiples et des moyens de transmission liés à l'évolution actuelle des technologies. On a pu voir ces deux derniers facteurs jouer dans un autre exemple: pendant la guerre des Malouines, confrontées à une même politique de censure de la part de l'armée britannique, les télévisions britanniques ont retransmis des informations et des images d'origine argentine.

De ce fonctionnement, les télévisions concernées et leur information retirent une diversité d'allure qui tranche nenement avec les situations de dépendance politique observables dans d'autres contextes. Ces faits servent d'argument aux tenants du libéralisme pour prétendre que la situation actuelle représente le modèle du débat démocratique.

A l'opposé, nous voudrions montrer maintenant que pluralité et pluralisme ne sont pas nécessairement équivalents et que l'ouverture prétendue à des points de vue différents est souvent illusoire.

2- Apparences de pluralisme et réalité des parti-pris

De la part des télévisions que nous avons citées (CNN, CBS pour les Etats-Unis, TF1 pour la France - pour nous en tenir à ces exemples précis), il y a eu de fait une prise de parti très nette en faveur de l'une des positions en présence: elles ont défendu le point de vue de la coalition alliée, soutenu l'intervention militaire el appuyé ainsi les positions nationales officielles (en conformité donc avec les positions majoritaires dans l'opinion publique des pays occidentaux engagés dans la guerre). Cette prise de position - contradictoire avec le pluralisme prétendu - nous semble rejoindre au moins partiellement les actions de propagande. voire de manipulation, des gouvernements et des états-majors, sans pour autant se confondre avec elles. Mais ce que nous voudrions surtout souligner c'est que cette prise de parti ne s'est pas exprimée par la suppression des autres points de vue, mais grâce au traitement - parfois très élaboré - dont ils étaient l'objet -.

C'est à ce traitement que nous allons nous intéresser maintenant et aux procédés, plus ou moins ostensibles, qui, permettant de combiner apparence de pluralisme et prise de parti effective, permettent également de donner à une information partiale un masque démocratique.


 

Temporalité et déséquilibre

Les procédés les plus connus sont des procédés de déséquilibre liés à la durée et à l'ordre d'exposition. Ils permettent de donner un poids et un relief inégaux aux divers points de vue présentés. Ainsi certains points de vue sont plus développés que d'autres, ou encore mis en valeur parce que présentés à des moments plus favorables: interviennent ici notamment les heures d'écoute et l'ordre des informations.

Par exemple, le journal de TF1 du 17 janvier 1991 présentait sur la guerre divers points de vue antagonistes: celui des armées de la coalition (compte-rendu triomphant des premières opérations militaires), celui des mouvements pacifistes (importantes manifestations pour la paix dans divers pays) et celui des pays arabes (réprobation des opinions publiques contre l'intervention). Mais les deux derniers points de vue n'occupaient que quelques minutes en fin d'un journal presque intégralement consacré au succès, présentés comme foudroyants, de l'aviation alliée.

De même, sur CBS News, I'immolation par le feu d'un pacifiste américain occupait moins d'une minute en fin de journal alors que les funérailles des premières victimes américaines de la guerre furent évoquees par un long reportage en début de journal. De même encore, dans un document de CNN sur la guerre du Golfe[8], les déclarations du président Bush scandent régulièrement le déroulement du montage alors que quelques minutes à peine sont consacrées, une seule fois en milieu du montage, à l'expression des partisans de.la paix.

Dans des exemples de ce type, l'un des points de vue est manifestement privilégié par la place qui lui est accordée et ce point de vue dominant écrase les autres. Des procédés de ce genre se retrouvent dans les débats: TF1 par exemple a présenté plusieurs émissions de débats [9] auxquelles participaient, outre les journalistes ou des hommes politiques 'occidentaux', des représentants de pays arabes, mais en situation si minoritaire que leur point de vue paraissait très isolé et se trouvait marginalisé dans le débat. De tels procédés de relégation ou à l'inverse de mise en valeur sont bien connus. C'est pour lutter contre de telles inégalités de traitement quantitatif qu'ont été élaborées (par exemple en France) des règlementations électorales destinées à garantir aux candidats des temps de parole égaux, des positions équivalentes, etc. Ces procédés cependant ne sont pas les seuls à être mis en oeuvre. S'y ajoutent des procédures plus subtiles d'évaluation, qui aboutissent à appuyer ou au contraire à discréditer certaines des positions présentées. Le reportage déjà cité par CNN sur la guerre du Golfe offre de telles procédures des exemples très clairs.

Renforcement et discrédit

Ainsi dans ce montage l'instance d'énonciation (qui s'exprime ici en général par le commentaire off comme dans d'autres cas par la voix d'un présentateur) se situe ostensiblement du côté de la coalition dont le point de vue se trouve par là-même privilégié et appuyé (voir par exemple le titre même - "victory'' - qui place d'emblée le téléspectateur dans le camp de la coalition) .

Cette dissymétrie de l'énonciation intervient dans un ensemble de constructions complexes qui permettent à la fois de présenter et de récuser - ou de minimiser - les faits qui seraient à porter au passif des Etats-Unis, notamment les destructions massives opérées en Irak, le nombre des victimes, les morts civiles.

Considérons par exemple comment est présenté le bombardement de la garde républicaine après son retrait du Koweit. Ni la réalité des faits (conditions du bombardement, nombre des victimes) ni leur horreur ne sont niés. Mais le commentaire insiste - sans contrepartie - sur le bon droit des Etats-Unis dans l'opération: l'armée irakienne ne s'était pas rendue et il ne s'agissait pas d'un retrait volontaire, donc les Etats-Unis étaient en droit d'appliquer "les règles de la guerre"; ils l'ont fait, on ne peut pas le leur reprocher. Cette référence - très souvent unilatérale - au bon droit a du reste globalement joué dans toute la présentation de la guerre elle-même sur les télévisions occidentales: la guerre était une réponse légitime à l'invasion du Koweit, et l'affirmation de cette légitimité laissait peu de place à la contradiction.

Ainsi l'argumentation d'une des parties en cause est restituée avec une allure d'évidence objective tandis que les arguments des autres sont à ces moments-là ignorés ou apparaissent comme de simples opinions.

Une autre façon de jouer sur le statut des discours consiste à présenter certains faits de façon vague, ou comme moins assurés qu'ils ne le sont. Et l'information qui apparaît ainsi imprécise ou incertaine est celle qui serait défavorable à la cause américaine. Exemple très simple du bilan final des victimes: trois cent soixante six-américains morts, nombre de victimes irakiennes inconu (certes, mais la différence d'ordre de grandeur ne fait pourtant doute pour personne). Autre exemple: le bombardement de cibles civiles, et notamment du fameux abri antiaérien de Bagdad. D'après l'ensemble des informations disponibles (et qui l'étaient déjà au moment de l'élaboration du film considéré), ce bombardement est un fait établi, même si on peut s'interroger sur ses causes ou ses circonstances. CNN fait comme s'il ne l'était pas: le reportage présente la colère et l'affliction irakiennes, puis la dénégation du commandant américain, et en reste là (avec une prime à l'officier américain qui, de fait, a le dernier mot). Pluralisme apparent donc, mais partialité réelle puisque ce qu'on équilibre c'est l'affirmation et la dénégatiOn de faits certains, en faisant comme s'il n'y avait pas de certitude .

Pour récuser ce qui peut desservir la cause américaine, un autre procédé consiste à insister sur l'utilisation qui est faite de certains faits et à les réduire à n'être que des arguments employés dans des discours suspects, discrédités par exemple par leur but. Les faits perdent par là- même tout leur poids.

La référence à la propagande irakienne joue très nettement ce rôle : elle discrédite très massivement bon nombre d'informations sur les victimes ou les destructions - ce discrédit systématique, exprimé en général par les commentaires des images, a du reste été de règle pendant toute la guerre.

Autre exemple: l'ampleur des destructions opérées sur l'ensemble de l'lrak par les bombardements alliés, il n'est évoqué par le film qu'à propos des initiatives prises dans le conflit par Gorbatchev. Initiatives présentées comme suspectes (Gorbatchev, dit le commentaire, cherchait par là à régler ses problèmes intérieurs et à placer l'URSS au Moyen-Orient) ce qui tend à discréditer par ricochet les éléments sur lesquels elle s'appuient. Des faits importants et avérés ne sont ainsi présentés que comme les éléments d'un discours très négativement connoté.

 

A ces jeux sur le statut des discours, s'ajoutent encore des jeux su l'émotion, inégalement mobilisée en faveur de l'un ou l'autre camp. Ainsi dans ce parallèle explicitement construit pour montrer que les torts et les dommages causés par les alliés sont sans commune mesure avec les torts des Irakiens. A l'évocation, rapide, abstraite et sans détails, des victimes de l'offensive terrestre, succède une très longue séquence sur les crimes perpétrés par les Irakiens au Koweit: exactions, enlèvements, tortures sont évoqués par des témoignages directs et poignants, et l'horreur de ces faits tend à réduire à l'insignifiance la mort des soldats irakiens dans la guerre.

S'ajoute ici au déséquilibre quantitatif une autre stratégie qui consiste à utiliser les éléments pathétiques pour toucher la sensibilité du téléspectateur en faveur de la coalition. La souffrance. Ia mort, le deuil son ainsi bien plus souvent et avec bien plus d'insistance évoqués à propos des alliés que des Irakiens, ce qui est un paradoxe si on considère les seuls faits.

D'une façon plus générale, la prise de parti se manifeste également dans l'utilisation des procédés de connotation et dans la construction de constellations symboliques et de réseaux d'associations signifiantes qui valorisent certaines positions et en dévalorisent d'autres indépendamment de la teneur explicite des propos.

Par exemple, CNN présente en parallèle les manifestations qui ont eu lieu aux USA en faveur de la guerre et en faveur de la paix. Présentation quantitativement équilibrée. Mais des manifestations des pacifistes, Ies images proposées sont surtout des images de violence et de haine (manifestants brandissant des flambeaux comme des incendiaires), alors que les démonstrations pour la guerre expriment l'ordre et l'harmonie (chorégraphie nationaliste: les partisans de l'intervention reconstituent un drapeau américain vivant). La connotation négative des pacifistes ne fait ici aucun doute.

Deuxième exemple: dans les journaux télévisés de TF1, Saddam Hussein et l'lrak sont associés avec insistance à certains thèmes: on évoque à leur propos les tortures infligées aux prisonniers américains pendant la gerre du Vietnam, les opérations de guerre bactériologique menées par les Japonais pendant la seconde guerre mondiale, le thème de l'empoisonnement de l'eau. Il ne s'agit pas d'informations. mais de mises en perspectives. Elles aboutissent à construire - ou à renforcer - par des suggestions convergentes l'image d'un ennemi multipliant les "crimes contre l'humanité". On aura reconnu ici des procédés de suggestion couramment utilisés dans la communication publicitaire.

De fait rien, dans les procédures que nous avons décrites, n'est inédit. Il s'agit de procédés classiques de construction du discours et de l'image. Ce que nous voulions montrer c'est la façon dont l'emploi de ces procédés - et d'autres, nous n'avons donné que quelques exemples - permet aux discours télévisuels d'entretenir un rapport contradictoire au pluralisme. D'une part, ils donnent des informations, des images, des analyses provenant de sources diverses et renvoyant à des positions et des thèses différentes (partisans de la guerre, partisans de la paix par exemple). Ils apparaissent de ce fait comme des discours pluralistes, et les télévisions mettent volontiers en avant ce trait de leur fonctionnement. Mais d'autre part et en même temps, ces discours télévisuels prennent parti par la façon dont ils présentent, agencent, appuient ou discréditent les éléments proposés. Le reportage de CNN que nous avons plusieurs fois cité est très frappant à cet égard.

De même pourrait-on étudier la façon dont, dans les émissions d'interview et de débat, les différents invités sont traités de façon différente par les journalistes et animateurs, et comment ce traitement contredit la prétention au pluralisme qui motive leur invitation. Exemple: en janvier 91, au journal télévisé de TF1, ont été invités également Kissinger et le père Aristide. Mais la désinvolture méprisante de l'interview du président haïtien avait peu de choses à voir avec la considération accordée à l'ancien conseiller du président des Etats-Unis. Pluralisme encore une fois plus apparent que réel.

 

Que conclure de ces observations ? Dans les exemples que nous avons étudiés, le discours de l'information télévisée est un discours masqué. Il prend parti, mais en se donnant les apparences de l'absence de parti-pris. et ces apparences le dispensent d'expliciter et de justifier les choix qu'il opère; il fonctionne donc sur l'irrationnel et l'implicite. Aussi est-il doublement contradictoire avec le débat démocratique. D'une part, à cause de son absence de pluralisme effectif mais aussi parce que son fonctionnement masqué et implicite exclut ce qui fait l'essence même du débat: la possibilité de confronter des points de vue et d'opposer des argumentations.

Avec les exemples que nous avons examinés, nous n'avons effectué qu'une étude partielle. Mais ce que nous voulions suggérer en montrant ce décalage entre pluralisme apparent et parti-pris réel c'est que, contrairement à ce qui se prétend souvent, l'évolution des télévisions occidentales dans le sens du liberalisme, l'indépendance accrue à l'égard du pouvoir politique, la pluralité des structures ne suffisent pas à assurer un fonctionnement démocratique.

Le type de rapport qu'imposent d'entretenir avec le public la recherche de l'audience, le fonctionnement "spectaculaire" souvent décrit aujourd'hui, avec ses différents aspects, schématisme,. irrationalité,. sensationnalisme peuvent aussi constituer des obstacles importants au débat démocratique. Il est nécessaire d'en être précisément conscient pour tenter d'aller contre et c'est pourquoi il nous a paru utile de montrer comment le fonctionnement pluraliste peut dans certains cas n'être qu'illusion. Une autre étape serait maintenant de préciser l'analyse des causes de ce fonctionnement et d'imaginer les conditions qui pourraient permettre un développement plus effectif du pluralisme. •

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Information et marché

Fadila Morsly

Résumé : Une société démocratique peutêlle éviter le consumérisme dans le domaine de l’information qui, à l’instar de la sphère économique, conduit les individus à multiplier leur choix tout en les enfermant dans la logique du marché?

 

Le processus, qui au début fonde son éthique sur les règles de la concurrence loyale et permet aux différents canaux de communication d’offrir aux individus des informations chaque fois plus riches et rapides, ne s’arrête pas là.

On ne peut plus douter de la fiabilité des moyens techniques utilisés et de leurs perfomances à venir. On n’imagine pas vivre dans un monde futur sans informations nombreuses, précises, variées et instantanées. La spirale des progrès électroniques charrie dans sa vertigineuse avancée des acquits sociaux-culturels non encore digérés. A peine l’homme prend-t-il conscience de cette donnée nouvelle qui est de tout connaître et qui s’impose à lui davantage chaque jour, qu’il voit ses possibilités individuelles érodées par l’appréhension balbutiante de ne plus rien comprendre à vouloir trop comprendre. De la morosité à l’euphorie, l’individu récepteur oscille en un équilibre précaire où l’absence de règles de référence, parce qu’elles sont à créer dans un monde en pleine recomposition économique et géopolitique, amplifie le désarroi.

Le consumérisme d’information tisse une toile de plus en plus grande qui nous fait penser immanquablement à un piège. Les informations qui nous parviennent sont nombreuses et les faits qui se sont déroulés à tel endroit de la cité ou du monde sont sacrés. ILs doivent nous être transmis sans altération, même si par la suite le commentateur peut faire son ou ses analyses. Mais, nulle information n’apparaît à l’écran sans modification. Sa présentation même, au début, ou au milieu ou à la fin d’une émission audiovisiuelle ou dans la presse écrite, obéit à des enjeux. Je ne m’étendrai pas sur cet aspect qui mérite pourtant quelques remarques, mais je veux seulement dire que l’auditeur est ou le lecteur est souvent conditionné par l’appareil médiatique aux seules fins que ses pensées se situent dans la ligne souhaitée par les pouvoirs politiques et(ou) les pouvoirs d’argent. Or cette main-mise de l’esprit n’est-elle pas le début d’une dictature exercée sur les hommes. La télévision et la radio sont présents dans la presque totalité des foyers du monde et même dans les pays les plus pauvres, les hommes peuvent la regarder ou l’écouter. La liberté de penser ou de choisir du citoyen n’est pas encore en danger, loin s’en faut, mais on assiste de plus en plus à une information dirigée.

Il devrait s’installer dans chaque individu une lutte constante pour préserver la réflexion et apprendre à recevoir, trier, intégrer des informations.  Et j’irai plus loin, car si l’on pense communément que les journalistes, les élus, etc.. sont responsables vis à vis de leurs récepteurs, ceux-ci doivent l’être aussi vis à vis d’eux-mêmes. L’opinion individuelle doit être à chaque fois une prise de conscience, une voix qui répond et qui se fait entendre. Cette démarche doit aussi se faire d’une manière collective et organisée. Celà se passerait comme si, en face de l’information assénée, il pourrait exister une information “contre-pouvoir” formulée par des collectifs de citoyens, et cela dans les différents domaines de l’information.

En conclusion, l’information dans l’ère de la modernité doit être dégagée de tout pouvoir de tutelle, elle ne doit pas s’enfermer dans la logique du marché qui la réduit à n’être qu’un instrument au service d’enjeux de pouvoir (politique) et d’argent (publicité). Les citoyens doivent réagir pour empêcher cette nouvelle forme d’oppression. Ils doivent surtout empêcher de pervertir cet acquis ancestral de l’homme qui ne peut se départir de toutes les valeurs qui fondent l’humanité: l’intégrité, l’honnêteté et la véracité.•


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Information, Fait, Commentaire

Hélène Lioult

Résumé : 1 - l'information reflète son contexte de fabrication, elle n'espas garante de la réalité. 2- le commentaire d'un journaliste (parmi d'autres auxquels il peut être confronté grâce à la liberté de la presse) parce qu'il procède à l'échelle humaine me sied davantage que les données informatisées transmises sur ordre du Pentagone.

 

Nous considérons généralement qu’il y a un fait, un événement, que celui-ci est saisi par les informateurs puis traité ; or avec l’accélération et l’instantatnéité des transmissions, on constate de façon encore plus évidente que fait et information se confondent, que de plus en plus c’est l’information qui crée l’événement.

L’information immédiate ou dite temps réel, parce qu’elle est transmise par les ordinateurs et les circuits électriques serait indubitable ; je ne vois pas en quoi la rapidité de transmission garantirait la réalité de sa source ou en quoi le choix d’une information plutôt qu’une autre , serait plus objectif parce que sa transmission est apparemment neutralisée (au sens où l’opérateur humain n’est plus visible). Ce diktat de l’information en direct, et asséné comme tel, ne laisse pas à celui qui la reçoit le temps du doute, de l’analyse, de la confrontation, du jugement ; c’est ainsi que Paul Virilio a pu dire (conférence sur la téléprésence à l’école d’Art d’Aix, le 27/3/92) que la démocratie en temps réel ne pouvait exister.

 

L’information est une construction, une représentation des événements ; elle ne peut garantir, être garante de la réalité. Elle reflète beaucoup plus son contexte de fabrication et d’apparition ; les spectateurs, les auditeurs, les lecteurs devraient cesser de croire qu’ils entendent,voient et lisent la réalité et a fortiori la vérité; ils devraient prendre conscience qu’ils sont eux-mêmes porteurs d’informations intéressantes, singulières ou universelles, qui sont des représentations d’eux-mêmes.

 

Les linguistes, sémiologues et sociologues ont montré qu’il était impossible de réduire l’écriture, la lanngue à un degré zéro ; il doit en être de même pour l’information. Il serait donc regrettable d’exiger des professionnels de l’information qu’ils nous transmettent seulement des données sous prétexte qu’ils peuvent nous tromper - et quand bine même dans cette situation ne seraient-ils pas obligés de faire un choix, dont ils seraient en bonne logique tout aussi soupçonnés - Il me semble plus intéressant de leur demander de respecter leur déontologie, et de le dénoncer chaque fois qu’ils y manquent, et de leur demander d’exercer leur métier de commentateur, d’analyseurs et cela avec les limites de leurs compétences. Je fais davantage confiance à un groupe de journalistes de plusieurs tendances qui traitent les informations à leur manière (et en sachant que je peux choisir, comparer) qu’à un ordinateur transmettant directement sur ordre du Pentagone ou autre puissance militaire. Autrement dit, l’accès aux sources d’information n’est pas une garantie de quoi que ce soit, car il peut théoriquement y avoir plusieurs sources. Les informations naissent du pouvoir économique de les créer, de la volonté politique de les transmettre.

L’information que l’on va percevoir, trier, choisir en priorité, et mémoriser, ne serait-elle pas celle qui véhicule notre appartenance ou une de nos appartenance par l’émotion qu’elle suscite. Exemples: le show de Goude du 14 Juillet 1989 ou celui des JO de Savoie renvoyant à l’idée ou au sentiment d’être français, d’être perçu comme français dans le monde, ou encore les accidents de la route renvoyant à l’éventualité et à la peur d’être victime ou chauffard potentiel.

Il y aurait donc une démarche complémentaire à faire pour retenir aussi les informations où l’émotion et le sentiment d’appartenance renvoient aux questions plus larges, gestion de la cité, éthique, politique. Ces informations sont celles qui peuvent appuyer, conforter ou informer une opinion.

Sous prétexte de condamner le sensationnalisme, le sentimentalisme facile et débilitant d’une bonne partie des médias, il ne faudrait pas pour autant s’interdire, se priver de tout recours à l’émotion ; l’être humain est fait de passion et de raison ; l’information est une activité humaine qui ne saurait se priver d’un des registres au profit de l’autre ; elle devrait le rester, au risque de devenir simple transmission de données entre cerveaux parfaitement robotisés ; je ne parle pas ici des données concrètes facilement transmissibles pour lesquelles il serait rétrograde d’ignorer les technologies (fax, minitel, télétextes), je parle de l’information qui fait que les hommes entre eux se tiennent au courant de leur devenir local, national, mondial et encore moral, économique, social et politique.•

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Information politique du citoyen - Information ou propagande

Jean-Claude Maroselli

 

La récente campagne en vue du référendum de Maastricht vient de démontrer avec éclat que les citoyens ont, en grand nombre, pris leur décision individuellement et non, comme c’était l’usage, en fonction des consignes de leur parti. Faut-il s’en attrister ou s’en réjouir?

On peut se réjouir que chacun ait cherché à se former une opinion personnelle, ce qui conduit à s’informer, réfléchir, peser le pour et le contre, en somme, agir en citoyen adulte d’une démoncratie aboutie.

On peut aussi s’attrister de la désintégration des partis politiques qui sont traditionnellement considérés comme les instruments indispensables au bon fonctionnment de la démocratie. Le fait est qu’ils sont de moins en moins capables de jouer leur rôle essentiel de recueil et de digestion des informations leur permettant de justifier programme ou ligne de conduite pour leur sympathisants.

En ce moment, nous en sommes au degré surréaliste puisque, selon toute probabilité, aux prochaines élections législatives, un grand nombre d’anciens électeurs de gauche vont voter pour la droite parce qu’ils reprochent, légitimement, au parti socialiste d’avoir appliqué une politique de droite presque extrème!

Le rôle exact de la future banque centrale européenne, qui était sans doute l’un des éléments déterminants pour beaucoup d’électeurs, a fait l’objet d’interprétations (télévisées) contradictoires de la part d’autorités aussi bien informées que l’actuel et l’ancien président de la république.

Tout ceci montre clairement la nécessité de répondre à la demande pressante d’”information“des citoyens.

Par “information”, s’entend la connaissance de faits ou de chiffres bruts dont la véracité est peu contestable, par opposition à la COMMUNICATION qui est le résultat d’une confusion subtilement, scientifiquement organisée par des professionnels qui mélangent un peu de faits ou de chiffres, soigneusement sélectionnés par l’informateur et non par l’informé, à beaucoup d’interprétations ou de commentaires qui ne disent pas leur nom, pour constituer un coktail susceptible, dans le pire des cas, d’opérer une véritable manipulation de l’opinion. La COMMUNICATION  devient alors bien peu différente de la PROPAGANDE et le citoyen éclairé se doit de l’ignorer.

Il semble donc urgent de mettre à la disposition des citoyens les énormes ressources des technologies nouvelles d’informatique pour leur permettre d’accéder facilement, rapidement, gratuitement, à toutes les informations non confidentielles DE LEUR CHOIX, concernant la vie politique aux échelons local, national et européen.•

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Confusion - diffusion - manipulation de l'information

JC Maroselli

Résumé

Trois courts textes pour lutter contre toutes les confusions sur l'information, pour inciter au scepticisme face à l'information subie et sur l'image dans l'information (ndlr)

 

Information et confusion

 Il faut encourager nos concitoyens, en particulier les plus jeunes, à débusquer et dénoncer la confusion, intentionnelle ou non, qui a largement envahi le domaine de l’information, au nom de la “communication”.

- Confusion entre information et commentaires, dans les journaux.

- Confusion entre information et publicité dans la “communication” commerciale, que celle-ci s’adresse aux médias ou directement au consommateur.

- Confusion entre information et propagande dans les documents distribués gracieusement par telle ou telle organisation: bulletin du maire, etc...

- Confusion entre information et fiction, direct et différé à la télévision.

- Confusion dans la signification des mots: “communication“ en particulier.

 

Information diffusée ou recherchée

Résumé: En règle générale, accueillir avec scepticisme toute information octroyée et distribuée à la seule initiative de son détenteur. Distribuer l’information n’est pas un geste naturel, au contraire, la rétention de l’information est le plus souvent le meilleur moyen d’acquérir et de conserver le pouvoir.

En outre, la formidable prolifération d’informations distribuées spontanément use l’attention et, en conséquence, leur message “passe” mal. On n'est vraiment disponible pour recevoir et assimiler convenablement l’information que si on l’a recherchée.

 

Information et image photographique (fixe ou animée)

En matière d’information, la prétendue évidence qu’une photo ne peut mentir, est à rejeter catégoriquement. Même si elle n’est pas truquée, ou accompagnée d’une légende mensongère (cf. le cormoran breton mazouté qui s’est retrouvé au Koweit sans crier gare), une photo, et plus encore une séquence filmée, doivent être accueillies avec sceptiscisme et même considérées comme du commentaire.et non du fait brut.

Parce qu’elle montre une partie de la réalité: celle que l’opérateur, le monteur, le réalisateur  ont décidé de montrer, alors que ce qui est hors champ peut être très significatif et important au point d’inverser éventuellement le sens du message.

Parce que, très souvent, sinon toujours, l’image fait appel à l’émotion, laquelle ne favorise pas la transmission de l’information, au sens propre du mot.

En revanche, il faut faire à la télévision le crédit d’une forme d’information où elle est sans concurrence: l’interview ou le débat politiques, dans lesquels les expressions, mimiques, réactions filmées en direct et en gros plan, apportent au citoyen des informations que jamais une réunion dans un préau d’école n’aurait pu lui procurer et ce, même si le sujet a subi un entraînement préalable par des spécialistes de la “communication”.•

 


 

 

 

 

Le fantasme de vérité dans l'information

Christine Garcia

 

Résumé : L'information comporte toujours une part irréelle qui relève d'un fantasme commun: le fantasme de vérité. Toute informaton donnée et reçue apparaîtrait comme la mise en scène d'une idée, idée qui serait une quête de vérité qui passerait par la glace déformante de l'illusion, illusion liée à un désir et au fantasme.

Lacan : "La vérité est dans le mensonge, l'erreur, l'acte manqué".

 

Je vois l'information comme un bloc monolithique, donnée apparemment sous une forme objective et neutre. Or, l'information n'existe pas. Elle prend toutjours la forme et la couleur de celui qui la donne, à laquelle vont s'ajouter forme et couleur de celui qui la reçoit. Ainsi la création de l'information se situerait entre deux perception singulières du monde.

Qu'est-ce qui crée l'information? Besoin de transmettre, d'échanger des idées, de communiquer ;

quelque chose qui fait passer le courant entre les êtres humains. Définition peut-être idéaliste, mais qui permet toutefois d'aller au-delà des barrières de tout ordre.

Certes, la première définition concernant le terme "information" rapportée par le Robert : "Ensemble des actes qui tendent à établir la preuve d'une infraction et à en découvrir les auteurs" relève d'une notion de loi. Lorsque nous parlons, notre esprit se situe au niveau de la Loi. Par conséquent, doter le monde de 'l'information d'une loi qui la contrôlerait est un pléonasme. L'information est le porte-parole, le cadre dans lequel et par lequel parle la loi. L'information serait quelque part un médium.

Vouloir casser l'information pose aussi le problème de l'authenticité et soulève le voile d'un fantasme de vérité. Toute information donnée et reçue apparaîtrait comme la mise en scène d'une idée, une idée qui serait une quête de vérité qui passerait par la glace déformante de l'illusion. La perception de l'information relèverait du domaine de l'illusion ; illusion liée à un désir et au fantasme. On peut recevoir l'information comme une réalité percue avec ce désir et liée au fantasme.

On peut recevoir aussi l'information comme étant vraie ou comme étant fausse. Derrière le vrai en soi qui n'est qu'une abstraction, il y a toujours quelque chose de relationnel, un récit fait à quelqu'un ou à soi-même sur une chose.

 

Autre définitions de l'information :

- la chose, l'événement, le fait

- le récit de la chose

- le fait que ce récit soit adressé à quelqu'un d'autre.

 

La vérité de l'information existe de manière dépendante du sujet qui la communique. La vérité de l'information existe comme projet, comme quête nécessaire au sujet pour qu'il puisse dire qui il est et surtout se le dise.

Informer : pour le sujet qui informe, qui donne/produit de l'information, informer permet à ce sujet de se poser dans l'existence en ayant un sens [Je ne parle plus de citoyen, d'opinion publique ou de personnes, gens..., j'emploie le terme de sujet]

La vérité de l'information existe comme fantasme d'un absolu qui serait indépendant de la partie de poker qui se joue dans la relation d'un sujet à l'autre.

Il existerait un fantasme de vérité qui relève des questions que l'on se pose sur le pouvoir des médias, de l'information, des sujets faisant l'information, l'origine ou source de l'information.

Il existerait aussi un jeu du vrai et du faux, un jeu de la vérité telle qu'elle se donne à voir et à entendre, mais elle n'est jamais transmise et énoncée qu'en fonction de ce que l'on pense que l'autre va recevoir.

La vérité de l'information opére comme un fantasme de quelque chose qui est devant soi et qu'il faut aller rejoindre avec un grand courage impliquant l'obligation de tout détruire, de repartir sur des bases nouvelles...considérer qu'il ne peut y avoir d'acquis.

 

                Lacan :" La vérité se donne dans le mensonge, l'erreur, l'acte manqué".•

 

 

 

 

Information et Représentation

Hélène Lioult

Résumé:

- dans la vie démocratique, il faut veiller à faire remonter les informations des citoyens et tout autant exiger la transmarence de celles du pouvoir et des institutions.

- l'idée démocratique ne s'arrête pas aux frontières et ne se découpe pas aux pointillés des classes sociales, d'où la question de la représentation des collectivités marginalisées dans les pays développés et des populations entières du Sud et de l'Est

- ici, changer les mentalités est plus urgent que changer les lois et les institutions

 

(Le receveur n’est-il pas aussi aussi émetteur?) - Comment concilier cette contradiction inhérente à la pratique démocratique qui est de déléguer son pouvoir par le vote, et de devoir veiller sans cesse à la circulation des informations ? Comment donc mieux connaître et se faire connaître (ou plutôt faire connaître ses idées, ses projets), auprès de nos différents repésentants, maires, députés, sénateurs, syndicats, conseillers de prud’hommes, d’établissement scolaire, etc, sans sombrer dans le clientélisme, le favoritisme. Comment favoriser la représentation des populations marginalisées pour une raison ou pour une autre?

 

Il me semble que tant que nous continuerons à séparer l’information que nous reçevons de celle que nous produisons à titre individuel ou collectif, nous persisterons dans l’erreur qui consiste à penser que nous ne sommes pas responsables, que nous sommes victimes, que nous n’y pouvons rien ; et c’est pourquoi je pense qu’il faut se préoccuper autant des changements d’attitudes, de mentalités, que d’aménagements éventuels des lois et des institutions.•

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Information, communication, aujourd'hui!

Fadila Morsly

Résumé: L'évolution croissante de l'information et de la communication face aux enjeux de la modernité d'une part et de la responsabilité qu'elles ont le devoir d'assumer à l'égard de la formation du citoyen m'amènent à me poser la question suivante : comment concilier les intérêt du récepteur (nous) qui est le sujet de l'expérimentation et qui subit, du promoteur (les groupes de presse, l'autorité administrative, le pouvoir, les groupes de pression politiques, financière ou autres) qui finance et de l'investigateur (le journaliste, le reporter etc...) charger de diriger et de surveiller la recherche de l'information et qui met en oeuvre le projet de communication?

Peut-on ne pas vendre la pensée, comme on ne peut pas vendre le corps humain?

 

1 - De nos jours, la rentabilité tend à imposer sa loi partout. Le champ de la communication n'y échappe pas. Il se transforme de plus en plus en marché de la communication. A ce titre, pris dans l'engrenage de la logique de ce système, les journalistes, les reporters, l'information, les experts qui interviennent à chaque événement pour analyser le "comment du pourquoi" et finalement les récepteurs eux-mêmes doivent être rentables ou doivent tendre à l'être. Les sommes brassées par le système de la communication sont énormes et grossissent sans cesse et paradoxalement trouvent leur justification morale et sociale en apparaissant comme le vecteur par lequel passe obligatoirement l'alimentaire de l'information et la recherche du "mieux savoir". Mais la rentabilité obéit à des lois. Ce sont celles du marché, bien sûr. Pour les appliquer, il faut répondre à des objectifs. C'est justement dans la mise en oeuvre de ces objectifs dans le marché de la communication et des différentes méthodes employées que je voudrais rappeler que l'information et plus extensivement la communicabilité est l'objet d'expérimentations dont nous sommes les véritables cobayes humains. Ce qui donne à penser  qu'à tous niveaux, la logique du profit aboutit à la collecte de ce qu'il faut bien appeler un matériau humain et sa rentabilisation maximale.

Cette logique s'impose au récepteur que nous sommes mais elle s'impose aussi aux investigateurs chargés de mettre au point l'information et le processus de sa présentation aux récepteurs?

Elle s'impose au récepteur de la manière suivante:

La rentabilité exige que les experts, les journalistes spécialisés qui interviennent dans les grands débats médiatiques télévisés et tous les intervenants sélectionnés opportunément par l'appareil journalistique pour les besoins d'une émission ont pour objectif de faire des choix répondant aux besoins des récepteurs. Ils vont alors concocter une prise de décision rapide et précipitée à chaque événement ou information prétendue comme tels en brouillant le sens critique. Ils utilisent pour cela toute la panoplie du langage codé de l'information et toute la puissance de l'image sacralisée, intangible en créant (ou en s'évertueant à créer) des réactions d'identification chez les récepteurs. A ce seuil-là, les récepteurs tendent à perdre la distance nécessaire entre la perception et la construction d'un raisonnement et sont manipulés comme une marchandise au gré des fluctuations de la bourse de l'information et de ses surenchères.

Elle s'impose en deuxième lieu aux investigateurs chargés de mettre au point l'information. Ceux-ci sont soumis eux-mêmes aux vives pressions de leurs hiérarchies administratives et des intérêts économiques et financiers des groupes de presse divers. Ils se retrouvent alors dans cette situation paradoxale ou leur capacité d'évaluation est devenue inversement proportionnelle au progrès de l'information.

Cette approche est lourde de conséquences.

En France, nous savons que le code civil interdit de considérer le corps humain comme un bien et une chose. Ces principes qui sont traditionnels apparaissent presque révolutionnaires si on les transposent à la Pensée de l'individu. Nous sommes encore loin d'un texte de loi qui interdirait de considérer la Pensée de l'homme comme un bien et une chose

Nous assistons à l'évolution croissante du commerce de l'information et de la communication, mais nous pouvons constater avec quelque amertume que cet état de fait s'accompagne de dérapages de plus en plus nombreux, parfois accidentels, d'autres fois contrôlés. Nous n'osons pas encore parler de dérive de l'information quoique certains plus pessimistes le pensent et réclament à corps et à cri une information "objective" détachant les faits du commentaire. En réalité, je crois qu'il existe actuellement un contexte qui s'impose au citoyen? Ce contexte, mal maîtrisé, engendre un état de fait qui fait que l'élaboration fluide de l'information (ou son uniformisation) tend à fabriquer des opinions bon marché. Celles-ci seront à leur tour réinvesties par différentes méthodes (je pense notemment à la pratique des sondages), dans le marché de la communication.

 

2 -Si on ne peut distinguer totalement le rôle des émetteurs et des récepteurs, on peut en tirer au moins une constatation : ils semblent interférents. Si on pousse plus loin notre constation, on s'aperçoit que les premiers, c'est à dire les émetteurs, sont plus actifs que les récepteurs. Ils sont plus actifs car c'est d'abord leur fonction de l'être, c'est leur rôle, ils sont payés et financés pour le faire. Ils ont en outre des supports techniques. Il possèdent en somme tout ce qui est suffisant pour agir en ce 20ème siecle, c'est à dire l'argent et la technologie. La balance de la communication (communication qui est prise ici dans la signification de la relation avec l'autre), devient déséquilibrée. Elle penche trop en faveur des émetteurs, d'ailleurs avec la participation passive, mais néanmoins massive des récepteurs. (il n'y a qu'à voir le taux élevé des audimats ou des impressions des journaux en millions d'exemplaires quand se produit un événement que les émetteurs veulent monter en épingle.). Pour arriver à cette tendance et donc à leurs fins, les émetteurs utilisent ou véhiculent des messages politiques et publicitaires pour leur propre compte ou pour le compte d'autorités politiques ou économiques. Mais dans leur fonctionnement, ce déséquilibre a un but pernicieux car il manipule le citoyen et par delà l'être humain comme on manipule une marchandise. On touche là un problème éthique grave, car c'est l'homme en tant que matière ordinatrice qui est disséqué, dépouillé de toute digninté, objet d'échanges malsains selon les intérêts des différents pouvoirs politiquo-économiques du moment. Pour empêcher cela, pour redonner l'élan de liberté de conscience, de pensée contenu dans les idées de 1789, il faudrait créer un audit permanent avec l'accord du législateur par le biais des médias. Cela se ferait par des articles de presse ("que choisir"), des émissions TV, des jeux de variétés télévisuels aussi. Le sujet serait par exemple de se baser sur les différents moyens de critiquer les médias, permettre à ceux-ci de faire leur auto-critique, de différencier par exemple les informations des commentaires, de la publicité, de la propagande par des jeux...•

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Donner aux centres socio-culturels un rôle dans la chaine de l’information

Hélène Lioult

Résumé: Comment mettre en oeuvre cette démocratisation des moyens d'informations et d'expression entre les citoyens:

- une proposition avec les centres socio-culturels et les associations

- un rappel historique des initiatives prises

- la question de l'indépendance économique et politique

- la contrainte technico-commerciale des outils et les comportements qu'ils induisent.

 

Pour quoi ne pas confier aux animateurs socio-culturels, aux agents du Développement Social Urbain, aux animateurs de foyers ruraux, aux éducateurs en milieu ouvert, une mission précise sur la remontée des informations des groupes locaux ou des groupes d’intérêt qu’ils rencontrent dans leurs équipements ou dans la rue. Pour quoi ne pas les inciter fortement à la mise en forme des informations. Selon la vieille formule toujours valable “ce qui se conçoit bien s’énonce clairement”, en rendant lisibles, visibles, audibles ces informations à la base, ils contribueraient à rassembler, à réintéresser les citoyens à la chose publique, à lutter contre le quant-à-soi. Car pour s’intéresser à la res-publica, ne faut-il pas être sorti du sentiment de solitude, de la misère morale et matérielle et se sentir appartenir à quelque chose? Ce sentiment d’appartenance me semble être la grande question de la démocratie et de l’information ; or l’équilibre est toujours fragile entre l’appartenance et l’exclusion. (N’y a-t-il pas à prolonger une réflexion sur “les appartenances multiples”,). Cette recherche de la lisibilité paraît fondamentale parce qu’elle est aussi la conséquence d’un apprentissage à la démocratie ; élucider ses objectifs ou ses convictions pour les proposer aux autres et les faire partager. Elle est aussi fédératrice ; la réflexion, la mise en forme, le recul, la recherche d’arguments permettent d’éviter les écarts de langage, les formes d’exclusions ; elle peut rassembler dans la diversité et le respect des opinions particulières. La pratique professionnnelle ou associative montre que ceux qui acceptent de se mettre au travail (au travail de l’expression) font en même temps un bout de chemin vers la conciliation, ou vers l’écoute... En se démultipliant, ce travail d’informations localisées pourrait se structurer autour d’un comité de rédaction avec responsabilité éditoriale  qui serait constitué de plusieurs collèges : habitants, élus, professionnels, associatifs.

Il y a 15 ans, en France, 7 sites expérimentaux étaient subventionnés par l’Etat et les collectivités locales pour mettre en oeuvre cette utopie. Les stations de télévision “communautaires” étaient conçues au coeur des cités en liaison étroite avec la bibliothèque municipale, le collège ou le lycée, le cinéma et les associations (exemple la vidéogazette de Villeneuve à Grenoble). Ces expériences ont été interrompues par l’arrivée au pouvoir de M. Giscard d’Estaing. Ce sont ces quinze dernières années qu'ailleurs en Europe, et surtout dans le nord et les pays anglo-saxon, les télévisions locales se sont développées sur le modèle plus ancien du Québec ou des Etats Unis.

Mais, dans un cas comme dans l’autre, une même vigilance du citoyen est indispensable : que la volonté politique étatique tranche, il s’agit d’imposer la concertation, de maintenir l’expression populaire hors du nombrilisme et de la routine encore trop présents dans les émissions locales ; il s’agit encore de se réveiller, de se remobiliser sur des questions plus générales, plus complexes et de jouer avec la raison autant qu’avec l’émotion.

 

Aujourd’hui en France, l’information est par principe pluraliste et libre du pouvoir politique. La CSA suffit-elle à sauvegarder cette indépendance alors que les lois du marché régissent notre société entière? Sur les 22 villes cablées, combien de canaux locaux et parmis eux  combien fonctionnent de façon satisfaisante? Les expériences restent modestes ou peu intéressantes ; à cela trois raisons: le retard  du fait de la bagarre technologique entre le cable coaxial et la fibre optique, l’impact des fabriquants et des commerçants sur l’usage et la dynamique sociale, le pouvoir politique local qui tente souvent une main-mise sur l’info locale (TV Mr. le Maire, par exemple).

Les spectateurs ont appris à zapper sur les 20 canaux disponibles, les radios locales bégaient et sont de plus en plus commerciales. Pourquoi a-t-on supprimé les ateliers de communications sociale (émanation des  Ministères Jeunesse et Sport et Culture des années 80)?

Les gens ont acheté des magnétoscopes pour mettre en conserve des images tardives, ils ont acheté des caméscopes pour remplacer les vieux super 8 des anniversaires et des voyages, ils ont acheté des ordinateurs pour équiper leur foyer, faisant preuve d’une facilité indiscutable d’adaptation et tout bien considéré d’un pouvoir d’achat assez surprenant quand on le mesure à l’expression du malaise social.

Or ces comportements individuels de consommateurs ne se transforment pratiquement jamais en ceux de producteurs collectifs. Alors quoi, si nous ne manquons ni d’outil, ne de facilité d’adaptation, si nous nous plaignons de l’information, des journalistes et de nos représentants, si nous sommes attaché à la liberté d’expression, au droit de réponse, qu’attendons nous pour le dire, l’écrire, le mettre en images, le chanter, l’informatiser?•

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Information et émotion

Hélène Lioult

Résumé: Les êtres humains sont faits de raison et de passion ; c'est en jouant sur les deux registres qu'ils transmettent et rçoivent les informations qui leur permettent de se tenir au courant de leur devenir local, national, mondial et encore moral, économique, social et culturel.

 

Les informations, le citoyen, la proximité du monde?

"Sarajevo, la guerre, à deux heures de Paris". Les médias ont asséné cette "information", comme si la proximité, relative - 2 heures en avion, mais combien à pied? combien en voiture? - changeait quelque chose à la gravité de la situation, comme si tout se passait sur cette conviction : vous devez être concerné puisque ça se passe à coté de chez vous.

 

Mais que faire alors de :

"Les américains ont débarqué à Modagiscio, sous le crépitement des flashs des photographes". C'est loin. Ah bon. En Concorde, combien de temps? En Somalie, l'information est : on photographie des soldats.

Et que faire encore de :

" Un homme de 35 ans qui s'était réfugié dans un local désaffecté est mort de froid, ce qui nous amène tout naturellement aux prévisions météorologiques".

 

La réponse est simple : RIEN, nous ne pouvons rien en faire.

 

Deux prolongements de cette petite phrase glanés dans les derniers Télérama :

- des associations d'idées, de lectures qui seraient à approfondir.

- une question qui reste à traiter

 

Au delà de l'aspect scandaleux de la dernière phrase, je pense aux considérations de Michel Serres sur le temps qu'il fait (weather) et le temps qui passe (time) et comment réconcilier ces deux notions, c'est à dire l'histoire et la physis, la planète terre et les hommes dans un nouveau contrat naturel.

A propos de la vitesse et du parcours, je pense à Paul Virilio, la transmission instantanée, la téléprésence aliénent notre perception physique, humaine, des gens, des objets, des paysages ; nous télévoyons la planète entière et nous ignorons notre voisin.

A qui sert une information dont on ne peut rien faire?

Est-ce encore une information? et si non, quel est son rôle?

 

Ce que nous appelons les "informations", celles du journal TV, de la radio, sont des rhétoriques, des produits fabriqués, livrés à heure fixe et prêts à être consommées; c'est pourquoi nous ne pouvons rien en faire. L'alternative active consisterait-elle à aller nous-mêmes chercher les informations que nous souhaitons, et à les faire, les transmettre aussi? Quelles limites? (l'individualisation, do it yourself), quel danger (la focalisation sur soi).

Au point de notre réflexion, après un an de tâtonnement; nous avons beaucoup lu, échangé, appris sur les médias, leurs fonctionnement, leurs errements; la littérature abonde, chaque médium y allant de son auto-analyse et autocritique, il faut maintenant prendre une autre direction, changer de direction, penser en rond peut-être (et non pas tourner en ...):

- arrêter de considérer l'information comme un objet clos et travailler sur les relations

- ne plus accepter notre dose quotidienne d'horreurs télévisées, auto-punition de notre impuissance et passivité

- ouvrir nos yeux, nos oreilles, nos portes; il y en a partout dans le monde, ici dans la rue à coté et aux antipodes des gens qui écrivent, qui filment, qui nous parlent de nous.

Nous sommes tous potentiellement des témoins du monde, mais nous sommes des analphabètes. Nous devons apprendre, nous entraîner, travailler. Nous le devons d'autant plus que nous sommes de ces quelques privilégiés sur la terre à posséder les outils, l'argent et à disposer de lois facilitantes.•

 

 

 

 

 

 

Bonne année 1991!

Christine Garcia

Résumé : Ce document est un exemple d'analyse réalisée sur le discours du Président de la République Française pour les voeux du nouvel an, reproduits dans la Presse écrite. Il s'agit d'une lecture "linguistique" d'un texte, qui aide à découvrir des éléments qu'une lecture normale laissent de coté. Bel exemple de décodage d'information. Par exemple, qui est le "nous", qui est le "on" qui se cachent dans le discours. Pourquoi certaines phrases sont longues et d'autres courtes.

 

Etude comparée des voeux du nouvel an présentés par le président de la République Française, à la télévision, et reproduits dans la presse écrite.

Deux quotidiens ont été choisis :

- un national : le Monde, 2/1/91

- un régional : le Provencal, 1/1/91

 

La page de titre du Monde

Dans le Monde, la colonne de gauche résume les événements qui paraissent importants. Ce jour-là, ou mieux dit, ce soir-là, puisque le Monde est vendu en fin d’après-midi à Paris, 1/3 de la colonne résume le discours du président de la République Française. Le titre emploie le mot “fermeté”. Quant à l’article, il reprend quelques phrases du discours, les énoncés qui semblent les plus importants sont réunis à la fin du 2ème paragraphe du 1er résumé et montre l’expérience et  la sagesse d’un vieil homme qui a connu la IIème guerre mondiale “Quand j’avais vingt ans”

 

L’article publiant les voeux

Dans le Monde, les voeux de Monsieur Mittérand sont présentés en page 2, sur le coté gauche de la page, et ils s’étalent sur deux colonnes. L’article est présenté dans le sens de la longueur. Il s’intitule “les messages de fin d’année dans le monde”. Cette phrase nominale s’étend de la page 1 jusqu’à la page 2 (1/3 de la page). Une ligne verticale sépare les voeux des articles concernant l’Europe. Quant aux autres messages cités, il s’agit de Monsieur Bush et de Monsieur Gorbatchev. Cette présentation montre que Monsieur Mitterrand appartient au groupe des grandes nations, mais il reste néanmoins européen.

Un rectangle reproduisant les voeux dirigés exclusivement vers les “militaires français” s’inscrit sous l’article destiné à tous les Français. Le destinataire est mis en relief (titre souligné et caractères d’imprimerie assez gros). 

Le Provençal n’a pas reproduit les voeux destinés aux militaires.

Pour en revenir aux voeux destinés à l’ensemble de la population française, le Monde prend comme sous-titre une phrase de M. Mitterrand en le citant: “je crois encore aux chances de la paix”, tandis que le Provençal en fait un gros titre dans la page 11, juste après les événements sportifs : “Mitterand : croire en la paix”. Ce titre apparu dans le Provençal fait l’effet d’une recette de cuisine. L’infinitif “croire” a une valeur d’impératif. Le conseil, l’ordre ou l’exhortation ne s’adresse pas à un protagoniste précis, mais est destiné à une audience très large. On remarque le passage du verbe conjugué à la première personne du singulier dans le discours du Président: “je crois”, à une formule à l’infinitif, après une ponctuation qui présente une explication d’un aspect du discours; c’est aussi un moyen de calmer les esprits en Provence.

 

Le Monde situe le discours dans le temps (31 Décembre, Lundi soir) et indique le moyen de communication (radio, télévision). Quant au lieu, on suppose qu’il s’agit d’un salon de l’Elysée. Le lieu n’est pas mentionné. Le journaliste introduit très rapidement le message par l’utilisation d’une préposition “voici” et une phrase nominale.

Puis vient la reproduction du discours. Une seule phrase est reprise, en caractère plus gros et gras: “un climat moral assaini”. Par curiosité, si l’on regarde la définition du terme “climat” dans le dictionnaire (Petit Robert), au sens figuré, on peut lire: “atmosphère morale, conditions de la vie, ambiance”. Le groupe de mot “climat moral” ne serait-il pas un pléonasme?

 

La présentation du discours du Président dans le Provençal s’étend en largeur, avec un très gros titre “Mitterrand : croire en la paix”, puis une première présentation, encadrée par deux traits qui résume une partie du discours ; la situation dans le temps est moins bien définie que dans le Monde (“hier soir”). Si le Monde emploie le terme “a présenté” dans sons introduction, le Provençal utilise “a délivré”. On analysera à quel niveau de langue appartient le verbe délivrer (familier? soutenu?). Délivrer veut dire rendre libre et, dans le langage administratif, remettre quelque chose à quelqu’un.

Où se situe le journaliste par rapport au président de la République Française dans l’emploi de ce terme? Où situe-t-on les lecteurs du Provençal par rapport au Président? Quelle différence y a-t-il entre le verbe “présenter” employé dans le Monde et le verbe “délivrer”?

 

Enfin la présentation du journaliste du Provençal est tournée vers les problèmes du Golfe.

Une photographie illustre le texte, renforce le texte et le contenu du texte. L’image est prise en contre-plongée. Le regard du président semble soucieux, les mains semblent présenter quelque chose ou bien convaincre. Quand le geste des mains intervient, il révèle que le langage ne suffit pas à faire passer le message, à exprimer une idée ou bien un défaut de maîtrise émotionnelle, le retour de quelque chose de refoulé.

On s’interrogera sur le choix de cette photo sérieuse où le regard du président ne rencontre pas directement l’objectif de l’appareil photographique et par conséquent, ne croise pas le regard du lecteur. Qu’a voulu suggérer la rédaction du Provençal en publiant cette photographie? Qu’engendre, au niveau de ‘inconscient, un regard détourné de l’objectif?

 

Quant au texte mis en exergue dans le quotidien du Sud, 3 extraits de phrases: “jusqu’au bout”, “Yalta, c’est fini”, “rien n’est facile”, ce sont des positions extrémistes à valeur de slogan publicitaire, peut-être révolutionnaire ou pseudo-politico-révolutionnaire. “Yalta c’est fini” et “Rien n’est facile” dégagent une impression de finitude, d’un passé terminé et l’apparition de quelque chose de nouveau, difficile à construire, à mettre en place.

 

Ainsi, il apparaît une première distinction frappante au yeux et à l’esprit entre l’idée politique que souligne le Monde (un aspect éthique) et des bribes de slogans politico-révolutionnaires dans le Provençal.

 

Le texte

Le destinataire : compatriotes. Message dirigé à toute personne d’origine française. Le destinataire est ciblé, déterminé.

§1“Mes chers compatriotes,
“A l’heure des voeux du Nouvel An, vous trouverez normal que nous portions d’abord notre pensée vers nos soldats qui servent la France dans cette région du Golfe où pèse encore si lourd la menace de guerre

“Vous trouverez normal”: Le pronom personnel “ vous”  renvoie aux compatriotes qui demeurent sur le territoire français. Le destinataire est délimité par une frontière terrestre et administrative, politique et historique. Le président s’adresse directement aux allocutaires comme s’il engageait  un dialogue avec des personnes présentes. Or, il n’y a pas de place réelle face au président, car son discours se situe devant des caméras, devant des objectifs et des microphones. Il n’y a pas de place pour répondre, la télévision n’est pas une place  publique, un forum.

Bref, après avoir établi un pont de communication avec le destinataire, un pont à sens unique, une notion de l’adjectif “normal” enferme dans un comportement qui s’oppose au pathologique.  Normal par rapport à quoi?  Que renferme la notion de pathologique dans le discours? Quelles sont les limites de la normalité  dans ce texte?

 

La proposition subordonnée qui s’ensuit, fait apparaître le pronom personnel “nous”, c’est-à-dire une persomme hétérogène puisqu’elle est composée de vous+je (à la différence de “vous “qui est une personne homogène) . Donc, le président s’inclut dans ce sujet “ que nous portions nos pensées”: on assiste à une réunion de personnes hors hiérarchie sociale dans le même souhait, la même pensée, “vers nos soldats qui sauvent la France dans cette région du Golfe” tous égaux dans la pensée et dans la projection d’une pensée commune hors du territoire français, hors des frontières qui délimitent le pays; tous égaux ( nous ne sommes pas des soldats, nous n’appartenons pas à la caste militaire ) dans la préoccupation qui paraît explicite dans cette introduction. L’inégalité devant le souci serait alors de l’ordre du pathologique (?)

 

Une suite de phrases enchassées dans ce long énoncé. L’énoncé couvre entièrement le 1er paragraphe, et le pseudo-dialogue entre “vous” et “nous” délimite le chemin de pensée à suivre. Le décor a été placé.

“ A l’heure des voeux du Nouvel An [ que nous portions d’abord notre pensée vers nos soldats [[ qui servent la France dans cette région du Golfe ]]P2  [[[ où pèse encore si lourd la menace de guerre ]]]P3”] P1

P2 et P3 sont enchassées dans P1.

Apprécier  la valeur phonétique, auditive  de l’adjectif “ lourd” rehaussé par l’adverbe d’intensité “si” .

Le sujet de la dernière proposition est rejeté en fin de phrase. Les mots ont été choisis avec précaution. La fléau de la balance oscille entre guerre et paix, mais c’est le terme “guerre” et la notion de guerre qui est dite et non celle de paix.

Le sujet “menace” et la verbe “pèse” font pencher le fléau du côté du plateau  guerre.

 

§2“Nous leur dirons notre confiance. Ils témoignent du rang qu’occupe notre pays dans le monde et de sa capacité à prendre part au règlement des grands dossiers de la planète, à la place que nous avons héritée de la Seconde Guerre mondiale.

Les pensées envoyées aux militaires qui sont dans le golfe portent la confiance, une notion de grandeur (rang) et d’habileté;

Le destinataire a changé apparemment, il ne s’agit plus des compatriotes non militaires, pas forcément pacifistes, mais des soldats français demeurant à ce moment-là dans la Golfe.Le pronom personnel “nous” qui commence le paragraphe et la 1ere phrase représent toujours le président et ses citoyens  sur un plan d’égalité  dans un concept d’affection, d’un témoignage affectueux.

La phrase est courte et utilise le futur de l’indicatif. Il relève du discours présenté en direct un 31 décembre au soir. Il apparaît aussi  “coupé” de ce présent, car le futur simple suppose une rupture, la face du non-certain. Le 1er paragraphe commence de la manière que la 2nd, par un verbe au futur de l’indicatif. Une incertitude naît dans l’exposé de la pensée énoncée.

Le 2eme paragraphe présente la place de la France parmi les autres nations, son action, sa participation active dans les affaires concernant la planète. Un effet crescendo  se dégage  dans l’emploi des 3 termes: pays-monde-planète. On part du plus petit élément pour aller vers le plus grand. On a une onverture sur l’ensemble du monde tout en concervant nos limites territoriales, une conscience d’être au monde, d’être dans le monde, parmi les autres tout en conservant une définition précise de notre identité, de ce que l’on est, de nos limites. C’est l’apparition d’une nouvelle position par rapport aux autres nations aprés la IIe Guerre Mondiale.

 

§3“N’oubliez pas, en effet, qu’aves les Etats-Unis, l’Union Soviétique, la Chine et la Grande-Bretagne, nous sommes l’un des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité, organe supême des Nations unies. A ce titre, nous avons condamné l’invasion et l’annexion du Koweit par l’Irak et participé à l’embargo. Comprenez-moi, si nous laissons violer le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, rien n’empêchera, un peu partout, le fort d’écraser le faible, d’imposer sa violence. J’ai connu cela quand j’avais vingt ans et je ne veux pas que cela recommence.”

Le 3ème paragraphe commence par un rappel du président concernant la mémoire, un rappel sous forme d’impératif supposant la mise en présence directe de l’annonciateur (celui qui parle) et de l’allocutaire (celui qui reçoit le message) au travers d’un acte par lequel le président cherche à agir immédiatement sur les auditeurs .

Le travail de la mémoire porte sur la création de l’ O.N.U. en 1945.

 On pourra s’interroger sur la valeur du “nous” dans la 1ère et la 2ème phrase “nous avons condamné”, “ nous sommes”. Qui est “nous”? La France? L’Etat français?  Les Français?

 

L’emploi du 2ème impératif “comprenez-moi”, est à la limite de l’ordre. Pour la première fois apparaît l’énonciateur, celui qui parle en position d’objet “moi” (pronom complément de la première personne). Le président se pose en tant qu’objet de compréhension. Il va expliquer son engagement (personnel?). Cette proposition rejoint le geste des mains qui apparaît sur la photographie.

Le président explique sa démarche, mais il n’est pas directement placé face au peuple. Il est devant des caméras qui n’engagent aucune réponse directe car le spectateur est invisible, absent devant le regard du président.

 

On analysera encore une fois la valeur d’un autre pronom personnel sujet “si nous laissons”. Qui est nous? Le Conseil de Sécurité? Les présidents des divers pays pays représentant le Conseil de Sécurité? Monsieur Mitterrand et ses concitoyens?

nous = je = président élu par les Français : un “nous” de majesté?

nous = je = l’Etat français : l’Etat c’est moi?

 

Un souvenir personnel vient conclure d’une manière lyrique son engagement dans l’embargo contre l’Irak. La première personne apparaît clairement :”j’ai connu... j’avais... je ne veux pas...”

 
§4“En tout état de cause, la France appliquera les résolutions du Conseil de sécurité, y compris le recours éventuel à la force. Voilà pourquoi j’ai décidé l’envoi de nos soldats au Moyen-Orient.

Le 4ème paragraphe : Dans ce court paragraphe, 2 énoncés offrent la possibilité de tracer un parallèle entre “ la France” sujet de la 1ère phrase et je, “ j’ai décidé”, de la 2ème phrase.

L’Etat français suit un engagement adopté au lendemain de la IIè guerre Mondiale. Le président applique cet engagement. On ne demande pas aux citoyens s’ils sont d’accord sur cette décision. En effet, l’acceptation va de soi puisque monsieur Mitterand parle de nos “soldats” ( les soldats sont le dénominateur commun de  ce texte).

 

Jusqu’au bout

§5”Mais je crois encore aux chances de la paix et la France y travaillera jusqu’au bout, à la condition de tenir bon sur les principes. C’est ce qi s’est produit pour les otages. Aijourd’hui, ils sont libres. C’est ce qui peut seproduire demain pour le Koweit.

Ici, le verbe croire,”je crois” appartient au même registre que le mot confiance, celui de la foi.

La première phrase est assez complexe , car elle pose un problème d’identité réelle dans les sujets exprimés. On a 2 propositions indépendantes, la 1ère “ Mais je crois encore aux chances de la paix”.

La 2ème  “et la France y travaillera jusqu’au bout” . Dans la 1ère proposition, je est sujet du verbe croire.Je, c’est le président de la République française. Dans la 2èmè proposition, la France est sujet de “travaillera” futur simple.

Quant au reste de la phrase “ à condition de tenir bon sur les principes “, “à condition de” introduit une proposition hypothétique ; l’hypothèse apparaît suivie d’un verbe à l’infinitif. Le sujet de ce verbe à l’infinitif est le même que le sujet dans les 2 propositions indépendantes.

Alors, qui est sujet de tenir, je ou la France? Qui se cache ,qu’est-ce qui se cache derrière la France?

Les pronoms personnels (sujet ou complément ) servent de masques derrière lesquels s’effectuent des glissements d’identités différents. La France est un sujet ambigu.

Dans cette phrase on passe de l’hypothèse réalisable ( croire, chances ) à l’hypothèse irréalisable.

Pour en revenir au 1er sujet, le je est versé dans l’oreille de l’auditeur, accompagné de l’image du président. En qualité de spectateur, on fonctionne dans la situation psychanalytique d’introjection (ne pas oublier l’effet anesthésiant des cathodes qui peut plonger le spectateur dans un état proche de l’hypnose, le rendant de cette manière apte à avaler inconsciemment tout ce qui lui est présenté ) puis de projection : s’il croit, je crois aussi. Une espèce de vertu thérapeutique se dégage d’une telle phrase.

Ensuite, en exemple vient illustrer sa croyance ( ce qu’il tient pour vrai ), c’est la 2ème phrase, la libération des otages. Deux phrases courtes au rythme binaire. La dernière phrase du paragraphe introduit un rythme ternaire ( la phrase est plus longue) et l’eventuel retour à la liberté du Koweit.

On remarque une opposition entre “aujourd’hui” (un présent avec une valeur d’éternité comme dans le début du roman l’Etranger de Camus) et un demain indéfini.

 
§6 “Je l’ai dit à la tribune des Nations unies, le 24 septembre dernier, il faut que l’Irak s’en convaincque : le Koweit occupé, rien n’est possible, le Koweit évacué, tout le devient.

Paragraphe court concentré en une seule phrase interrompue par les “:” qui engendrent une explication. De nombreuses pauses donnent plus de poids aux idées, à la limite du slogan ,voire de la propogande.

Personnification ou métonymie ( le contenant pour le contenu) de l’Irak . Quant au Koweit , il est défini en qualité de pays, territoire. Ce n’est pas une personne, c’est un lieu.

 

§7” Alors s’ouvrira le temps du dialogue. Je souhaite qu’il s’organise dans le cadre d’une ou plusieurs conférences internationales où ne sera éludée aucune question : ni le droit d’Israël à la sécurité, ni le droit des Palestiniens à posséder une patrie, ni le droit du Liban à son intégrité, ni le droit de tous, de l’Irak, du Koweit, à vivre en paix dans une région où l’on aura la sagesse, comme nous l’avons fait en Europe, de préférer l’entente à l’affrontement perpétuel.

Paragraphe assez long introduit par une courte phrase qui situe l’évènement dans un avenir indéfini, réalisable ou non, le tout est enveloppé d’une résonnance poétique. Puis une trés longue phrase s’ouvre sur le je présidentiel, un souhait  personnel d’un homme qui continue à travailler pour sa place dans l’Histoire . C’est l’homme du pouvoir qui parle, l’énoncé est au présent de l’indicatif, malgré l’atténuation de l’effet de volonté apporté par le verbe souhaiter. Dans ce paragraphe apparaît un aspect du caractère de l’homme qui gouverne la France.

Si dans le 3ème paragraphe du discours, on avait une illustration autobiographique, dans ce paragraphe 7, on a un aperçu de la volonté de l’énonciateur, monsieur Mitterand.

On remarquera une longue énumération sous forme de double négation ( ne ...ni) donnant un aspect de redondance à quelque chose qui serait englobé dans un dialogue positif, le droit à véritable dialogue entre juifs et arabes.

 

§8 “Là encore, dans cette oeuvre de paix, parce qu’elle aura été présentée au moment difficile, la France jouera le rôle qui lui revient? Ce rôle, elle l’a tenue dans la rafale d’événements de 1990. Par exemple, c’est à Paris, sous présidence française, que s’est réunie, il y a moins de 2 mois, la plus importante conférence européenne de l’histoire, puisque, à l’exception de l’Albanie, tous les Etats de notre continent s’y sont retrouvés en compagnie des Etats-Unis et du Canada pour proclamer solennelleement la fin de l’après-guerre et des blocs militaires, pour signer le premier accord de désarmement des forces conventionnelles, pour enregistrer le traité qui a consacré l’unité allemande, pour garantir l’inviolabilité de la frontière entre l’Allemagne et la Pologne et pour doter enfin cette Europe nouvelle de structures durables.

Paragraphe long : 3 phrases. La dernière est extrêmement longue, phrase qui illustre le souvenir. Chaque fois qu’il y a un rappel du passé, que  le jeu de la mémoire intervient, la paragraphe est plus long que ceux qui parlent de la situation présente et future. Ce paragraphe rappelle aussi le rôle tenu par la France dans l’Histoire contemporaine.

On commence à se rendre compte de trame de ce discours ( d’un aspest de la trame ), le président tisse sa participation dans l’histoire contemporaine du pays. Deux fils servent à broder le canevas historique celui d’un homme et celui d’un pays.

 La France apparaît comme un personnage, elle joue un rôle , rôle prestigieux de monarque, le lieu évoqué, la scéne, c’est Paris, et à Paris s’élève le palais de l’Elysée...

 

 

 

 

Yalta, c’est fini

§9”Je me souviens de vous avoir déclaré lors de mes premiers voeux que je vous adressais le 31 décembre 1981 : “Tout ce qui permettra de sortir de Yalta sera bon”, ce qui voulais dire “tout ce qui permettra d’en finir avec la division mortelle de l’Europe”. Eh bien c’est fait

Le travail mnémonique continue pour rappeler à l’auditeur une promesse qui remonte au début de la 1ère élection présidentielle.

Résultat : promesse accomplie.

Le président parle de son travail, d’une de ses promesses, d’un travail historique réalisé . C’est un paragraphe biographie si on le voit sous l’angle de l’histoire de la France, autobiographique si on entend une explication personnelle du président de la République.

   

§10” On doit maintenant aller plus loin grâce à la Communauté des Douze, attelée à son unité politique, économique et monétaire, grâce à la Confédération européenne dont on jettera les bases dès le printemps prochain, grâce à la solidarité accrue à l’égar des pays de l’Est. Tout cela va dans le même sens.

Qui est “on “? Le sujet est flou dans ce paragraphe, indéfini.

 

§11 “J’entends pourtant ici et là, des craintes s’exprimer. Peur de l’Europe, précisément, qui nous priverait de notre identité. Peur de l’Allemagne réunifiée. Peur du Japon dont les produits inondent nos marchés. Peur des Etats-Unis désormais seule superpuissance. Peur de l’Union Soviétique instable et divisée. Peur de l’Afrique du Nord, si peuplée qu’elle déborde. Peur de l’Afrique noire en détresse. Peur de l’incendie au Moye-Orient.

Je donne à ce paragraphe le titre suivant  “ allo docteur”. Le président entend de la même manière qu’un mèdecin ses malades. L’énumération des différentes peurs est presque un tableau clinique de la France malade ( bien que le mot France ne soit pas prononcée), des Français paranoîaques. Ce n’est peut-être pas la France prestigieuse, qui invite au dialogue, qui fabrique une communauté auropéenne, mais les Français qui oseraient émettre leur avis en ce qui concerle les politiques étrangères de monsieur Mitterand et ses proches collaborateurs.

Si la crainte appartient au sentiment et dans le contexte  de ce discours, la crainte apparaît au pluriel, la peur est “ un phénomène psychologique à caractère affectif marqué, qui accompagne la prise de conscience d’un danger réel ou imaginé, d’une menace” (définition du petit Robert).

La peur est dirigée vers l’extérieur des frontières , vers l’étranger du Nord, du Sud, de l’Est, de l’Ouest. En outre, cette peur s’appuie sur des dangers réels s’il y a un non-respect du désir de vivre différent.

 

§12 “Or la position de la France est forte à l’étranger, ceux qui voyagent le savent, ils en sont fiers. Je suis frappé du décalage qui existe entre la réalité de notre situation et l’idée que s’en font bon nombre de Français. Ayons confiance en nous.

Aprés avoir dressé un tableau pathologique d’une situation apparaissant  comme réelle, le diagnostic du président s’avère surprenant. Un certificat de bonne santé est délivré à la  France  par rapport à sa situation internationale. Tout le reste est dans la tête. L’étonnement devant une telle illusion négative est strictement personnelle, elle n’engaga que le docteur président de la République. Il cite la fierté des Français(?) , “ceux qui voyagent” par rapport à la situation extérieure de la France. Cette fierté est celle que partage le président. Elle n’appartient qu’à un petit nombre. La grande majorité  qui ne partage pas ce sentiment, sentiment proche du péché pour un janséniste qui n’aurait pas encore été psychanalysé, vit dans l’illusion. On assiste entre le paragraphe 11 et 12 à une mise en scène  théatrale qui manipule le fantasme, l’hallucination, l’illusion et les vieux démons du  passé.

Le président apporte un remède: il invite à avoir confiance “ayons confiance en nous” . On remarquera que le président avale lui aussi la potion de la confiance en soi. Le mot confiance est prononcé pour la 2ème fois dans le discours. C’est dans un esprit de communion et de partage que s’opère cet ordre médical. La phrase est courte, percutante par sa brièveté.

Il y a un jeu qui se tisse à travers les paragraphes entre quelque chose qui est de l’ordre de la lumière ( la communauté européenne, le rôle de la France dans les affaires internationales, le rôle de monsieur Mitterand  dans l’Histoire) et quelque chose qui appartient aux ténèbres ( l’invasion du Koweit, la menace de guerre, les problèmes africains, soviétiques,...le manque de confiance ou le pessimisme des français).

 

 

Rien n’est facile

§13” Je sais ce qui ne va pas chez nous. Je sais aussi ce qui va bien. Faire mieux est affaire de courage, de volonté et d’imagination créatrice.

Le président est bel et bien à l’écoute du peuple. Il sait tout , il fait la différence entre le bien et le mal .

Il délivre alors comme une recette de cuisine “ faire mieux est affaire de courage, de volonté et d’imagination créatrice. D’abord monsieur Mitterand a évaqué l’aspect médiocre de la situation, ensuite son bon côté. Le paragraphe 13 résume dans sa conception magique ( ayons confiance en nous).

Comment acquérir cette confiance en soi?

En usant de 3 facultés qui caractérisent l’homme:

    -Le courage, c’est-à-dire être ferme en face du danger et de la souffrance

    -La volonté , utiliser la fermeté morale

(voilà pourquoi le journaliste du  Monde et celui du Portugal ont retenu le mot fermeté)

    - L’imagination créatrice. Cette dernière faculté ressemble à un pléonasme . L’imagination est la faculté d’inventer, de créer, de concevoir. Quant au terme “ créatrice” , il favorise le futur spirituel des hommes, un futur au- delà de la mort.

Ce dernièr point pourrait avoir comme effet celui de calmer des esprits subversifs des artistes (ex: révolte des artistes dans les années 60 et début 70 pour protester contre la guerre au Viet-Nam , la création des ateliers populaires en 68 à Paris...). A ma connaissance, il n’ y a pas eu de subversion artistique , picturale, ni de prise  de position en image  sur la guerre du Golfe.  Aucune affiche signée  par un grand  peintre pour s’élever contre cette guerre. Aucun stand consacré à l’invasion du Koweit  lors de la Foire à l’art à Paris en octobre 1991 ( FIAC). Les seules images furent données par la télévision. Lorsque, au niveau créateur un Salman Rushdie prend la plume pour écrire, une véritable menace de mort pèse sur lui.

On pourra à partir de ce paragraphe s’interroger sur les diverses formes de censure. Que censure-t-on et pourquoi le fait-on?

 

§14 “Nous avons besoin de l’Etat, de son autorité pour contenir les intérêts particuliers. Nous avons besoin d’un climat moral assaini pour mobiliser l’énergie collective. Nous avons besoin d’une plus grande égalité dans le partage des profits dus au travail de tous. Nousa vons besoin d’une jeunesse formée aux métiers qu’elle fera pour que recule enfin la gangrène du chomage. Et je n’ignorepas que nous avons besoin de bien d’autres choses encore.

 La réitération de la formule “nous avons besoin” définit le véritable désir. Ce n’est plus de l’illusion mais une aspiration naturelle et souvent inconsciente (définition de Petit Robert). La lutte entre le bien et le mal continue . Le président  exprime les souhaits de bon nombre de français (lesquels? ) sur un ton teinté de paternalisme. Le message se situe entre Liberté , Egalité, Fraternité et Travail, Famille,Patrie.

Là encore, on se demande qui est derrière “nous” .

Ce paragraphe peut être lu de diverses manières, car il possède divers niveaux de compréhension. Il est l’écran sur lequel se projettent les illusions d’un peuple qui donnent le pouvoir à un homme. Certains termes relèvent de la maladie, de l’ordre des ténèbres et du mal (assaini contraste avec gangrène).

Si le chômage est déterminé par le mot gangrène.Les chômeurs sont-ils des malades, un fléau qui s’abat sur la France? L’oisiveté reste toujours la mère de tous les vices.

La dernière phrase englobe tout ce qui n’a pas été dit . C’est l’expression du non- formulé. C’est la derniére fois qu’apparaît le pronom personnel je  dans “ je n’ignore pas “. Le président donne ainsi l’impression d’être un individu qui possède les cartes de la connaissance entre ses mains. Rien ne lui échappe. Il est au courant de toutes les situations qui existent en France et à l’étranger.

Paragraphe ambigu par le poids du non-dit. Une redondance paternaliste fait monter la tension émotionnelle et augmente la gravité des situations évoquées. Il concerne la politique intérieure du pays et dresse en 4 phrases un tableau de la situation interne. Qu’en pensez-vous?

 

§15”C’est vrai, rien n’est facile. Tout est péril pour un peuple qui s’abandonne. Mais la France a toujours eu des voisins, des concurrents ambitieux, incommodes. Voilà mille ans que celà dure! Et elle est là, vivante, active et forte en cette fin du XXème siècle, à l’avant -garde des idées et des initiatives qui modèleront le suivant “ [dans le Provencal, il manquait le point d’exclamation après “dure”]

Ici, on assiste à un survol couvrant 1000 ans , avec une notion de pérénité. Ce sont les autres, les étrangers de l’extérieur qui sont des concurrants, des ambitieux incommodes. Serait-ce une projection paranoïaque à  valeur cathartique pour rassurer les français, véritables malades face à une vraie réalité dangereuse qui le dérange?

Est-ce  toujours un discours qui est prononcé sur une scène de théâtre pour guérir le spectateur selon l’ancienne mode grecque ou bien, c’est le maintien du peuple dans la paranoîa, dans la peur par des fausses illusions vraies.C’est l’autre qui est méchant et pas vous? Or , dans le paragraphe 11 et 12 , c’était cette vision de la réalitéqui était décrite comme pathologique.

Ce qui était illusion apparaît maintenant comme  étant réel. Le discours a été construit avec des masques appliqués aux pronoms personnels sujet, avec des paradoxes (dire une chose et son contraire)? C’est la discours d’un homme qui  joue avec les illusions, c’est le discours d’un homme de pouvoir.

La France est personnifiée, elle est vivante, active et forte tout comme son président. Elle est même à l’avant-garde de ce qui se fera au XXIème siècle. Quelles sont ces idées et ces initiatives qui modèleront le siècle suivant? D’après Malraux et Jean-Paul II, ce sera le spirituel. D’après les prophètes et les adeptes du NouvelAge, hécatombes et cataclysmes en tout genre.

Rien n’est dit? L’auditeur ne sait rien. Sa mémoire a simplement été rafraiche par quelques rappels historiques.

 

§16”Mes chers compatriotes, ce soir mes voeux tiendront en quelques mots très simples, ceux que vous emploierez vous-mêmes quand vous direz “Bonne Année”. Que 1991 vous soit aussi heureuse que la vie le permet, que vous soient épargnées les grandes peines, la souffrance et la solitude, que vous vous sentiez solidaires, là où vous êtes, de ceux qui vous entourent et d’une façon plus large, que vous ayez l’envie, l’ambition de contribuer au succès de la France qui reste grâce à vous l’un des premiers pays du monde.
“Vive la République
“Vive la France”

Les voeux du président reproduisent les voeux de ses compatriotes. C’est le même discours. Il y a un effet de mimétisme. Vous égale je . Grandes peines, souffrance et solitude s’opposent à solidaires. Opposition  qui s’appuie sur le schéma de la division individuelle et égoîste et la réunion bénéfique .

En fin de paragraphe, le président formule des voeux à la hauteur de son propre  souhait, de sa propre réussite personnelle. Le succés de la France, c’est son propre succés personnel. Ne se serait-il pas identifié à la France? La France, serait-ce lui?

 

Voilà comment de simples voeux peuvent etre entendus. Cette approche n’est pas unique. Elle est seulement linguistique.

 

Du chant du signe.  FIN.

 

Bibliographie

- Initiation aux méthodes de l’analyse du discours,

D. Maingueneau - Hachette Université

- Approche de l’énonciation en linguistique française,

D. Maingueneau - Hachette

- Expression, Comunication - Francis Vanoye - coll. U

- Cours universitaire d’analyse textuelle

- Dictionnaire : le Petit Robert

 

Une grille de travail pour décoder l’information dans un journal (presse écrite)

 

- Voir les titres, la grosseur des titres

- Comment son disposés les articles

- Voir l’engagement du journal : étudier le contenu, les articles. De quoi parle le journal? -

- Etudier le titre des articles. Classer les mots qui apparaissent le plus souvent. Analyser la fréquence de l’apparition d’un mot, faire des pourcentages, regrouper les mots par thème (ex: argent, bonheur). Quels sont les thèmes qui apparaissent le plus entre eux (ex: argent et travail dans un même texte)

- le corpus : l’ensemble du texte. ex: l’enfant est souvent associé à la nature et non pas à la famille

- dégager les thèmes. Quels sont les thèmes qui marchent entre eux. ex: bonheur, amour, sécurité, bine-être, bonté, santé

 

L’examen des images

- l’image est un produit, un résultat, elle est fabriquée.

- Le code matériel, tactile : le support de l’image est-il perçu? (le support est perçu dans le cas des affiches destinées à être montrées sur la voie publique)

- L’image est-elle floue, définie ou les deux à la fois?

- La mise en page : espace plein ou vide

- Le code photographique : d’où est prise la photographie? (plongée, contre-plongée..)

- Les couleurs : chaudes ou froides?

- Le code gestuel : les gestes qui suggèrent

- Le code typographique : où sont placées les lettres?

- Les codes rhétoriques ou grammaticaux sont-ils respectés ou transgressés?

- Les codes sociaux, idéologiques, culturels.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'information libre est celle qui parle des espaces de liberté!

Gildas Lemaitre

Résumé: L'art gratuit (celui qui n'est pas et ne sera pas récupéré par les marchands) peut-il conduire à maintenir en vie l'information libre (celle qui ne doit pas être récupérée par les marchands)?

 

 

La communication, au sens moderne où on l'entend dans l'expression "métiers de communication", remplace peu à peu l'information. Ce n'est plus tant la connaissance des faits que l'on achète en achetant le journal, que le journal lui-même, qu'il soit de papier ou de télévision. L'évolution technologique autant que socio-économique ont conduit à une dérive où la communication devient la victime des marchands. Ce sont les puissances financières qui achètent et vendent l'outil de production de l'information en fonction de sa rentabilité et non plus de sa qualité. Dans cet univers spéculatif il devient difficile de dire que le citoyen a la presse qu'il mérite. Il n'a plus que les informations qu'on veut bien lui proposer, celles qui aguichent, celles qui suivent la mode.

Suivre la mode, le mécanisme est visible: un flot de dépêches issues de deux ou trois sources monopolistiques, la sélection que l'on guette sur deux ou trois radios phares, la consécration télévisuelle et la reprise par le choeur des médias.

Aguicher, la méthode est simple: beaucoup d'émotion;  à défaut d'image, le commentaire s'en charge; peu d'intelligence, la tâche est trop ardue pour le journaliste et peu attirante pour le lecteur, dans un monde de fast food où il faut faire vite tant pour concevoir l'information que pour la recevoir et la digérer.

Devrait-on parler du "droit des faits" comme on parle des droits de la personne: Un fait a droit d'être connu, diffusé. C'est un abus de pouvoir que de restreindre sa liberté de circulation. (Combien de pouvoirs se sont batis sur le silence des faits?)

 

Peut-on alors parler de l'égalité ou de la "hiérarchie morale" des faits devant l'information quand le fait n'est plus objet de connaissance mais outil de profit, utilisé uniquement s'il est rentable, et jeté après usure. Le fait existe s'il est porteur et s'il est nouveau. Conjugué à sa valeur marchande, le fait n'est pas libre.

Ce lien économique joue à double sens. D'un coté, le fait se répandra si l'intérêt supposé du plus grand nombre est fort. De l'autre coté, l'intérêt du plus plus grand nombre a tendance à se tourner vers les des objets qui ont une valeur marchande. Ainsi s'installe peu à peu un cercle vicieux où l'on a un intérêt mercantile à s'intéresser aux choses qui ont de l'intérêt mercantile, en oubliant le reste.

 

La solution est dans ce reste: la liberté de l'information passe par la sauvegarde des espaces de liberté qui resteront toujours en dehors des valeurs marchandes. Pourquoi ne pas promouvoir la recherche de ceux-ci. On peut en trouver dans la pratique quotidienne de l'art, peintres ou poètes du dimanche, dans le sentier des vacances, dans les engagements philosophiques, dans la vie associative, dans les contre-pouvoirs. Ces espaces de liberté ne doivent rien à personne. Ils existent en dehors dau-delà de la loi économique. Ce sont eux qui peuvent servir de référence morale. L'information sur ces espaces de liberté se pose comme un rempart face à la communication victime des marchands.  Apprenons à la reconnaître : L'information libre se reconnait à ceci qu'elle parle des espaces de liberté.•


 

 

 

 

 

 

 

Citoyenneté internationale et langage international

Gildas Lemaitre

 

 

Résumé : Le langage est un des filtres de l’information. Le village planétaire se doute-il de l’importance du langage utilisé pour la production et la diffusion de l’information? La citoyenneté européenne ne s’obtiendra qu’avec un débat lucide sur l’usage de anglais comme langue internationale, en position de monopole culturellement, politiquement et socialement, économiquement non neutre et techniquement loin d’être le meilleur garant d’une bonne compréhension entre les citoyens des différents pays. L’alternative existe, victime d’un manque d’information : l’Espéranto  fonctionne,  sans publicité et au delà de tout préjugé .

 

 

 

 

En 1922, l'espéranto fut à deux doigts d'être adopté par la Société Des Nations en tant que langue de travail. Ce projet avorta du fait d'habiles manoeuvres de la part de la représentation française qui pensait pouvoir imposer le français comme langue internationale, laissant du coup la porte ouverte à l'anglais.

 

La langue est le vecteur de l'information. Toute réflexion sur la citoyenneté européenne ou sur la notion de citoyen dans le monde ne peut s'abstraire d'une réflexion sur les échanges d'informations entre pays et par conséquent sur le vecteur de ces échanges.

 

I do speak English, of course!

L'anglais est de fait la langue la plus utilisée dans les travaux internationaux, nouveaux forums où quelques élites technocrates construisent les prémisses de nouvelles citoyennetés.

Au niveau le plus élémentaire, une des marques de l'élite est sa capacité à parler l'anglais, ce qui signifie une adhésion de fait à un canal de communication pratiquement à sens unique. L'élite de

 

 

 

tous les pays non anglophones produit infiniment moins d'informations en anglais que toutes celles qui sont produites dans les pays anglophones, et qui servent de base à toute étude dite sérieuse Cette disproportion des flux d'informations crée une situation de dépendance insidieuse.vis à vis des Etats-Unis. De plus, l'élite qui maîtrise bien l'anglais a en général séjourné suffisamment de temps aux Etats-Unis pour adopter les notions de citoyenneté de l'élite américaine. Quant à l'élite qui s'en tient à l'anglais scolaire, elle est littéralement infirme dans les négociations face à des partenaires dont l'anglais est la langue maternelle. Il convient de noter que parmi les millions de gens prétendument bilingues (langue maternelle+anglais), seuls 6% sont reconnus comme ayant une maîtrise correcte de l’anglais.

 

L’anglais, c’est cher!

Au niveau économique, le rappel de cette phrase d'un rapport du British Council est éloquent : "There is a hidden sales element in every English teacher, book, magazine, film-strip and television programme sent overseas.(…) If then we gain political, commercial and cultural advantage from the world-wide use of English, what are we doing to maintain this position?". Ce sont des principes que la France a appliqué à l'époque coloniale, que les romains ont appliqué avant nous : autres temps, autres notions de citoyenneté!

 

Un débat pour l’anglais?

Au niveau européen, la Commission Européenne a bien sûr pris conscience des problèmes linguistiques d'une Europe en construction, elle tolère que l'anglais soit la langue officieuse, mais aucun politique n'osera proposer que désormais l'anglais soit adopté dans les instances européennes par respect de l'identité de chaque nation. La solution la plus simple et la plus éprouvée dans d'autres domaines consiste à laisser s'installer un standard de communication de fait que l'on proposera à la norme, entendez à l'approbation démocratique générale, lorsque le fait accompli ne fera plus sursauter une majorité de citoyens.

Au niveau mondial, l'équilibre politique actuel ne fait plus planer aucun doute: tous les traités internationaux seront en anglais ou ne seront pas, les disciplines scientifiques auront une chaire aux Etas-Unis où ne seront pas. Il restera une culture muséiforme en face d'une satisfaction banalisée des besoins élémentaires par des produits ayant reçu le sceau de l'hygiène américaine.


 

L'anglais n'est pas une langue neutre

Apprendre l'anglais dès lors que l'on s'intéresse à la civilisation anglaise ou américaine est tout à fait souhaitable. Encore faudrait-il que l'on apprenne l'allemand pour goûter à la patrie de Goethe, ou le chinois pour comprendre une partie de l'asie. Ce serait la meilleure façon de se sentir citoyen du monde. Malheureusement, la maîtrise d'une langue est chose trop longue. Contentons-nous de l'anglais, dont se suffisent les marins où les compagnies aériennes. Mais le monde peut-il se restreindre à un môle auquel on n'accoste guère plus de quelques heures ou à un hotel aseptisé des environs d'un aéroport? Peut-on qualifier de citoyen du monde ceux qui, complet-trois-pièces et attaché-case vont discuter des destinées de celui-ci sans rien en connaître que la pauvre traduction de quelques mots en anglais?

Il est essentiel que chacun comprenne que l'utilisation de la langue anglaise comme langue-pont entre nations de langues différentes implique une certaine allégeance à l'"américan way of life" qui n'a pas grand'chose à voir avec une citoyenneté respectueuse des identités des peuples. Construire l'Europe sur cette ambiguïté sans proposer aux peuples qui la composent le moindre débat est irresponsable.

 

Techniquement, l’anglais?

S'il y avait débat, sans doute faudrait-il se pencher sur les qualités de la langue-pont à promouvoir. Combien de ceux qui prônent l'anglais comme langue internationale se sont penchés sur la capacité de l'anglais à assumer ce rôle? Les Anglais eux-mêmes prennent conscience que ce n'est pas le sabir international que l'on parle qui les aidera à sauvegarder la langue de Shakespeare. Un rapport de l'Université de Philadelphie alerte les Américains sur le fait que leur langue est victime de leur tolérance. Un mot veut tout dire et son contraire. Le sens des mots est fixé uniquement par le contexte. L'américain est une langue flottante, qui prouve la richesse de l'Amérique en même temps que son incapacité à comprendre et donc à admettre son voisin. Le standard de communication du MayFlower est devenu million de standards de communication. L'anglais est à son tour colonisé, intériorisé, comme a pu l'être le français en Haïti malgré la toute puissance des académiciens français.

Techniquement la langue anglaise présente autant d'avantages que d'inconvénients: elle ne se parle pas comme elle s'écrit, elle dispose d'une grammaire souple et simple mais nous ronge avec les verbes irréguliers, elle intègre facilement de nouveaux mots mais elle pose des pièges insurmontables aux juristes, elle est la langue de l'image et du rock mais elle est incapable de traduire avec bonheur Goethe ou Cervantès.

 

Une autre langue, alors?

A la décharge de l'anglais, ni le français, ni l'allemand ou le moldave peuvent prétendre à assumer le rôle de langue-pont, pour les mêmes raisons. On continuera donc à prétendre hypocritement que toutes les langues parlées au sein de la CEE sont les langues officielles. En conséquence, il faudra pendant longtemps s'épuiser en traductions multiples, et se passer de documents que la puissance économique ou politique ou journalistique ne juge pas utile de traduire. Ailleurs dans le monde, les rapports internationaux seront encore longtemps dictés par des élites formées aux moules des prestigieuses universités américaines.

Tant que chaque citoyen d’Europe acceptera de ne voir les pays européens qu’à l’aide de la langue anglaise péniblement apprise, il faudra qu’il accepte en même temps que l’information si nécessaire à la démocratie ne circule qu’à travers des filtres sur lesquels il n’a aucun pouvoir. Combien de Maastricht se verra-t-il encore imposer avant de comprendre l’importance de la langue dans l’expression démocratique ?

 

Proposition

Rêvons un moment: si nos scientifiques arrivaient à imaginer une langue autre, qui de ce fait serait politiquement neutre, une langue dont la grammaire aurait su éviter les pièges des verbes ou des déclinaisons irrégulières, dont les racines appartiennent au patrimoine commun, une langue simple à écrire et à prononcer, que l'on aurait validé en traduisant toutes sortes de textes littéraires, juridiques ou scientifiques dans un sens puis dans l'autre pour vérifier sa capacité à respecter les concepts originaux, bref, si nos scientifiques réussissaient à inventer un bon outil de communication entre peuples, les gens sensés ne se pencheraient-il pas sur cette solution comme la Société de Nations l'avait fait en son temps sur l'espéranto.

 

Aujourd'hui, un certain nombre de scientifiques ont étudié le problème, près de 1000 projets de langue internationale ont été recensés. L'un de ces projets a abouti.: L'espéranto, aussi utopique apparaisse-t-il,  fonctionne, validé par un siècle de pratique et par de multiples références. Les associations ayant officiellement demandé à l'ONU la reconnaissance de l'espéranto comme langue internationale représentent 70 millions de personnes (même si les espérantophones ne sont actuellement guère plus de un million répartis dans plus de 140 pays). Rappelons Descartes, interrogé sur la possibilité de voir un jour une langue internationale, disant qu'il était encore plus utopique d'y songer que de vouloir aller sur la lune (merci, messieurs les Américains, d’avoir cru en l’utopie!).

 

L’espéranto est-il condammné, victime d’un masochisme social et d’une élite à oeillères, au moment même où l’Europe a plus que jamais besoin d’une langue neutre pour se construire en respectant la mosaïsque de ses cultures.

 

La conquête de la citoyenneté européenne passe par l’accès libre de chaque citoyen à l’information. L’anglais ne le permet qu’à certaines élites, avec des filtres évidents et prive le simple citoyen du droit de dialogue direct. L’espéranto prouve chaque jour sa capacité au dialogue direct, en particulier avec ceux dont la langue maternelle est minoritaire La conquête de la démovratie européenne demande que chaque pays ait un droit égal devant la traduction. Seul un pays économiquement fort a des chances de savoir traduire ses textes en plusieurs langues. L’espéranto supprime cette nécessité

 

Faisons preuve de hauteur, et plaçons dans une perspective historique. Dans cinquante ans devrons nous dire une fois de plus combien il fut regrettable qu’en 1922 la France se soit pourrie d’orgueil et qu’en 1992 la technocratie européenne aura laissé passé une nouvelle chance d’utiliser un moyen simple et efficace de mettre tous les peuples de la Communauté Européenne dans l’égalité linguistique. Personnellement, je ne souhaite pas la sanction de l’Histoire et j’encourage chacun à poser les termes du problème : d’un coté l’anglais une solution que l’on subit tant elle est écrasante, de l’autre l’espéranto, une élégante et agaçante utopie, un machin à mieux être citoyen européen informé/informant.•

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Résumé de la loi du 6 fév. 92 sur l'administration territoriale

 

L'administration territoriale doit être organisée librement, doit garantir la démocratie locale et moderniser le service public.

La loi définit les prérogatives locales des services déconcentrés.

 

Les habitants de la commune ont le droit d'être informés et consultés sur les décisions qui les concernent: publicité des actes et libertés d'accès aux documents administratifs.

 

Transparence des projets

Un débat doit avoir lieu 2 mois avant les orientations budgétaires du conseil régional et le projet de budget doit être fourni 12 jours avant l'examen.

[ces délais sont très courts. Seuls ceux qui se seront préparés à cette phase pourront prétendre à se faire entendre]

 

Transparence des budgets

Les budgets communaux sont consultables pendant 15 jours après leur adoption. Ils doivent comprendre une synthèse, les concours aux associations (en nature ou en subvention), le bilan consolidé, les synthèses des comptes des coopérations intercommunale, les bilans certifiés des organismes où la commune a une part du capital,ou une garanti d'emprunt, ou verse une subvention supérieure à 300 KF ou représentant plus de 50% du budget.

Les budgets comportent les échéanciers des remboursements.

La synthèse du budget est publiée dans une publication locale

 

Transparence du fonctionnement

Les documents relatifs à l'exploitation des services publics délégués

 

Extensions

La transparence n'est plus réservée aux seuls habitants et contribuables mais étendue à toute personne physique ou morale.

Le code des communes est étendu aux établissements publics administratifs ou de coopération intercommunale, interdépartementale ou interrégionale et aux syndicats mixtes

Les actes administratifs doivent être regroupés dans un recueil

Les conventions de délégation de service public doivent être publiés localement

 

A noter que le Conseil municipal ou le conseil général peuvent se réunir à huis clos, sans débat, sur décision prise à la majorité des présents ou représentés.

Les séances peuvent être télévisées

 

Consultation des habitants

Celle-ci n'est qu'une demande d'avis. Elle ne peut invoquer l'urgence, le dossier étant consultable au moins 15 jours avant le scrutin. La consultation sur le sujet ne peut se refaire avant 2 ans.

Le conseil municipal peut créer des comités consultatifs sur tout problème d'intérêt communal

Les services publics exploités en régie ont une commission consultative compétente

 


Droit des élus

Il fallait le dire:"Tout membre d'un conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'un délibération". Idem pour les départements

Une note de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressées en même temps que la convocation des membres du conseil (5 jours avant).

En séance, l'ordre du jour peut être renvoyé à une séance ultérieure

 

Cette loi du 6 février 92 réaffirme la transparence nécessaire des pouvoirs locaux, qu'ils soient élus ou nommés. Cette transparence n'est intéressante qu'à la mesure des contre-pouvoirs qui peuvent se mettre en place ou à la mesure des efforts demandés par le maire aux services de presse municipaux pour répercuter les informations sur la vie des conseils.

 



[1]Dossiers du Monde Diplomatique

[2]Dossiers du Monde Diplomatique

[3]Gérard Selys, édition EPO, Bruxelles, 1991

[4]Martin Lee et Norman Salomon - Lyle Stuart Book, New-York,1990

[5]Alian Woodrow, édition du Félin, Paris 91

[6]Laurent Gervereau, Syros Alternatives, Paris 91

[7]Sur ce point, voir le Monde Diplomatique, mai 1991

[8]Montage du 8 avril 1991, Desert Storm. CNN : Cassette Vidéo éditée par CNN (Special reports)

[9]Par exemple, "le Point sur la table", Emission présentée par Anne Sinclair, le 4 Octobre 1990 et le 14 mars 1991