A propos des radars routiers.Le radar est un outil parmi d’autres qui permet la mesure de vitesse pour établir une infraction, dans le cadre d’un programme national de sécurité routière : à 120km/h, l’énergie dissipée par un véhicule dans un accident est 4 fois plus grande qu’à 60km/h et le conducteur dispose d’un temps de réaction beaucoup plus court. L’Etat établit les limitations de vitesse adaptées à l’environnement.
Le paradoxe est que les limitations sont rarement le reflet de ce que perçoit le conducteur. Dans ce cas, le conducteur adapte normalement sa vitesse à son environnement. Les panneaux sont implantés là où l’automobiliste risque d’être surpris. La limitation lui apparaît donc généralement comme abusive. Il serait intéressant de mieux communiquer sur ce sujet ; tout comme il serait intéressant que l’on puisse consulter facilement par Internet la base des arrêtés de circulation qui motivent ces panneaux. Pour ceux qui ont pu le voir, l’état des archives est édifiant...
Le terme générique est «cinémomètre». Le mot «radar» (RAdio Detection
And Ranging) est un abus de langage admis aujourd’hui parce que c’est
l’organe habituel de mesure.
Le radar utilisé sur les routes mesure la vitesse en un point. Il n’est
pas approprié pour la mesure d’une vitesse moyenne qui nécessite de
chronométrer le temps de parcours sur un tronçon de route.
L’identification du véhicule se fait en début et en fin de tronçon par lecture automatique du numéro minéralogique.
Le temps de parcours est donné par la différence des heures de lecture de la même plaque.
La vitesse moyenne du véhicule se calcule en divisant la longueur du tronçon par le temps de parcours.

L’expression «radar-tronçon» est falsificatrice puisque la mesure se fait sans radar mais avec un chronomètre automatique. En anglais, le mot «section control» est plus juste mais insuffisant. On pourrait parler simplement de «Chronos», comme pour les coureurs.
Il faut préciser que la longueur du tronçon est une donnée facilement
contrôlable, avec une erreur inférieure à 1% et que les horloges qui
fournissent les heures de lecture sont synchronisées sur un signal
universel, avec une précision meilleure que le 1/100 de seconde.
Le contrôle de vitesse moyenne paraît difficile à contester, car
l’infraction nécessite deux lectures automatiques identiques d’une même
plaque. Si l’automatisme ne fonctionne pas, le message d’infraction ne
peut pas être établi avec les deux photos horodatées et localisées
nécessaires.
Le contrôle de vitesse moyenne permet de contrôler des sections de
quelques kilomètres reconnues statistiquement comme dangereuses. Son
domaine est plus la route que l’autoroute statistiquement 5 fois moins
accidentogène.
Sur des sections de quelques dizaines de kilomètres, un tel système vaut simplement dissuasion, car les petits excès de vitesse sont gommés par toutes les causes de ralentissement (giratoires, trafic important, virages...) Seuls les grands excès seront détectés.

La société-sanction remplace la société-prévention. Le service public en devient certainement plus coûteux et le cadre de vie ne repose plus sur la confiance.
Chaque radar ponctuel coûte à l’installation environ le prix d’une maison (75 000€) et en maintien opérationnel 13 000€ par an.
La mesure de vitesse moyenne sur un tronçon se fait avec un système
environ 3 fois plus cher (on pourrait se demander pourquoi, quand on
sait qu’une station de comptage de trafic coûte environ 20 000€ !?). Le
fonctionnement de tout le système occupe au moins 350 personnes à plein
temps et coûte environ 50 millions d’euros en frais de fonctionnement.
En 2008, le Centre National de Traitement de Rennes (CNT) a envoyé 8 millions de PV, soit environ 10 PV par jour et par radar, à 50€ pièce environ (les petits excès de vitesse sont 92%),
soit environ 400 millions d’euros sur l’année 2009, les amendes sont de
l’ordre du coût global du système (budget 2009 environ 200 millions
d’euros hors dépenses de personnels - le personnel de l'Etat
n'apparaît jamais comme un coût. Un fonctionnaire coûte environ 30 000
euros, soit environ 10 millions d'euros chaque année), sans
compter le temps passé en justice par un nombre croissant de
plaignants, qui, pour la plupart, jouent sur l’engorgement des
tribunaux qu’il serait intéressant de traduire en coût collectif. Les
prochaines années, les recettes devraient décroître du fait d’un
meilleur respect des limitations, heureusement compensées par un coût
moindre de l’insécurité routière, puisque le taux d’accidents est
fortement corrélé au taux d’excès de vitesse.
85% des conducteurs sont jugés raisonnables dans leur conduite,
quelques-uns sont des irresponsables chroniques et environ 10% pensent
qu’ils conduisent suffisamment bien pour se permettre des vitesses
excessives, jugeant l’accident trop improbable. Un véhicule risque en
moyenne un accident pour un million de kilomètres parcourus, cela veut
dire que un véhicule sur 10 parcourant chacun 100 000 km aura un
accident. On comprend que la vigilance puisse se relâcher et qu’un
gendarme débonnaire de temps en temps soit un garde-fou nécessaire. Ce
gendarme ne reviendra pas, trop absorbé par des tâches administratives
et procédurières et par d’autres violences que la société n’a pas su
prévenir.
La société ne fera pas de retour en arrière. Elle est d’une complexité
croissante, comme les assureurs commencent à le comprendre. Bientôt,
leur tarif sera indexé sur la façon de conduire : conduire la nuit,
conduire beaucoup, sans souvent s’arrêter, dépasser souvent les
limitations de vitesse (accélération/freinage ; effets centrifuges), en
zigzagant anormalement au téléphone ou après avoir bu...
La boite noire, qui existe depuis longtemps dans les avions,
deviendra-t’elle un équipement obligé ? En cas d’accident, l’analyse
des dernières secondes, des minutes précédentes, des trajets précédents
renseigneront les enquêteurs pour déterminer les responsabilités.
Pour le bon coté de la médaille, la boite noire permettra au conducteur de mieux situer son niveau de conduite.

Gageons que l’Europe, toujours à l’affût de projets pieuvres, décidera l’obligation d’un système enregistrant les accélérations, vitesses, trajets et actions diverses dans l’habitacle (pédales, clignotant,...), opérations de maintenance (consommations, contrôles technique,...) et pour les poids lourds les masses sur chaque essieu.
Notons l’intérêt de connaître la masse de chaque essieu, information utile :
Déjà les véhicules s’équipent d’une base de données des limitations de
circulations (vitesse, tonnages,...). Il n’y a qu’un pas à franchir
pour relier le limiteur de vitesse à ces données, pour imposer
automatiquement de ne pas dépasser la vitesse maximale autorisée comme
l’a montré l’expérimentation LAVIA. Le problème reste d’une part la
légitimité de ces limitations qui reposent sur des arrêtés de
circulation souvent mal rédigés, voire oubliés au fond d’archives
introuvables et d’autre part les limitations non explicites mais
réglementaires, telles que celles induites par les panneaux d’entrées
et de sorties d’agglomération ou la vitesse maximale praticable en
sortie de giratoire, sans parler des tronçons où le régime
général n’est pas adapté, par exemple le 90km/h sur route en l’absence
d’autre prescription lorsque d’évidence il faut rouler à 50km/h. L’Etat
serait bien inspiré de réaliser une campagne générale de
vérification/rénovation/mise en ligne des arrêtés de circulation,
couplée à une analyse du terrain sur des critères objectifs de sécurité
routière pour une cohérence nationale de la route.
Beaucoup plus tard, toutes ces aides à la conduite formeront un
ensemble cohérent qui progressivement permettra la conduite automatique
dont on rêve depuis plus de 40 ans. Faut-il s’en réjouir, de voir notre
belle voiture-jouet nous échapper ? On mourra plus vieux et avec moins
d’hémiplégies...
G. Lemaitre - Version .pdf